Dans l’Italie du XVIIIe siècle, les femmes s’insurgeaient contre le harcèlement sexiste et sexuel subi dans les confessionnaux

Source: The Conversation – France (in French) – By Giada Pizzoni, Marie Curie Research Fellow, Department of History, European University Institute

Blagues obscènes, questions intrusives, gestes déplacés : les archives inquisitoriales du Vatican montrent que le harcèlement sexuel au confessionnal était une réalité pour de nombreuses femmes dans l’Italie du XVIIIᵉ siècle – et que certaines ont osé le signaler.


L’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes définit le harcèlement sexuel comme « la situation dans laquelle un comportement non désiré à connotation sexuelle, s’exprimant physiquement, verbalement ou non verbalement, survient avec pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité d’une personne et, en particulier, de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ». Les agissements sexistes découlent du pouvoir et visent à exercer un contrôle psychologique ou sexuel. Dans les deux cas, les victimes se sentent souvent confuses, seules, et se croient parfois responsables des abus subis.

En tant qu’historienne, je cherche à comprendre comment les femmes ont vécu et affronté ces comportements intimidants. Je m’intéresse en particulier au harcèlement pendant la confession dans l’Italie du XVIIIe siècle. Les femmes catholiques se rendaient au confessionnal pour partager leurs doutes et leurs espoirs sur des sujets allant de la reproduction aux menstruations, mais elles étaient parfois confrontées à des remarques méprisantes ou déplacées qui les déstabilisaient.

Un déséquilibre des pouvoirs

Les archives du Vatican nous montrent que certains des hommes qui ont tenu ces propos avaient tendance à en minimiser la portée, les qualifiant de simples marques de camaraderie ou de curiosité, voire de vantardise. Ils ont pourtant rabaissé les femmes qui, après ces échanges, étaient bouleversées ou en colère. Ces femmes étaient souvent plus jeunes que leurs confesseurs, elles avaient moins de pouvoir et pouvaient subir des menaces les contraignant à se taire. Pourtant, les archives nous montrent également que certaines, jugeant ces échanges inappropriés, se sont opposées à ces abus.

Les archives contiennent les procès-verbaux des tribunaux de l’Inquisition, qui, dans toute la péninsule italienne, traitaient les signalements de harcèlement et d’abus dans les confessionnaux. Pour les femmes, la confession était primordiale car elle dictait la moralité. Le devoir d’un prêtre était de demander aux femmes si elles étaient de bonnes chrétiennes, et la moralité d’une femme était liée à sa sexualité. Les canons de l’Église enseignaient que le sexe devait être uniquement hétérosexuel, génital et se dérouler dans le cadre du mariage.

Mais si la sexualité était encadrée par un code moral de péché et de honte, les femmes étaient des agents sexuels actifs, apprenant par l’expérience et l’observation. Le fonctionnement interne du corps féminin était mystérieux pour elles, mais le sexe ne l’était pas. Alors que les hommes lettrés avaient accès à des traités médicaux, les femmes apprenaient grâce aux connaissances échangées au sein de la famille et avec les autres femmes. Cependant, au-delà de leur cercle quotidien, certaines femmes considéraient le confessionnal comme un espace sûr où elles pouvaient se confier, remettre en question leurs expériences et demander des conseils sur le thème de la sexualité. Les ecclésiastiques agissaient alors comme des guides spirituels, des figures semi-divines capables d’apporter du réconfort, ce qui créait un déséquilibre de pouvoir pouvant conduire à du harcèlement et des abus.

Signaler les cas de harcèlement

Certaines femmes victimes d’abus dans le confessionnal l’ont signalé à l’Inquisition, et les autorités religieuses les ont écoutées. Dans les tribunaux, les notaires ont consigné les dépositions et les accusés ont été convoqués. Au cours des procès, les témoins ont été contre-interrogés afin de corroborer leurs déclarations. Les condamnations variaient : un ecclésiastique pouvait être condamné à jeûner ou à faire des exercices spirituels, à être suspendu, exilé ou envoyé aux galères (travaux forcés).

Les archives montrent qu’au XVIIIe siècle en Italie, les femmes catholiques comprenaient parfaitement les blagues grivoises, les métaphores et les allusions qui leur étaient adressées. En 1736 à Pise, par exemple, Rosa alla trouver son confesseur pour lui demander de l’aide, inquiète que son mari ne l’aime pas, et il lui conseilla « d’utiliser ses doigts sur elle-même » pour éveiller son désir. Elle fut embarrassée et rapporta cet échange inapproprié. Les documents d’archives montrent fréquemment que les femmes étaient interrogées si leur mariage ne produisait pas d’enfants : on leur demandait si elles vérifiaient que leur mari « consommait par derrière », dans le même « vase naturel », ou si le sperme tombait à l’extérieur.

En 1779, à Onano, Colomba a rapporté que son confesseur lui avait demandé si elle savait que pour avoir un bébé, son mari devait insérer son pénis dans ses « parties honteuses ». En 1739, à Sienne, une femme de 40 ans sans enfant, Lucia, s’est sentie rabaissée lorsqu’un confesseur lui a proposé de l’examiner, affirmant que les femmes « avaient des ovaires comme les poules » et que sa situation était étrange, car il suffisait à une femme « de retirer son chapeau pour tomber enceinte ». Elle a signalé cet échange comme une ingérence inappropriée dans sa vie intime.

Les archives du confessionnal montrent des exemples de femmes à qui l’on disait : « J’aimerais te faire un trou » ; qui voyaient un prêtre frotter des anneaux de haut en bas sur ses doigts pour imiter des actes sexuels ; et à qui l’on posait la question suggestive de savoir si elles avaient « pris cela dans leurs mains » – et chacune de ces femmes comprenait ce qui était insinué. Elles comprenaient aussi que ces comportements relevaient du harcèlement. Autant d’actes et de paroles que les confesseurs considéraient, eux, comme du flirt – comme lorsqu’un prêtre invita Alessandra à le rejoindre dans le vignoble en 1659 – étaient jugés révoltants par les femmes qui rapportaient ces événements (Vatican, Archivio Dicastero della Fede, Processi vol. 42).

L’effet déconcertant des abus

À cette époque, le stéréotype selon lequel les femmes plus âgées n’avaient plus de sexualité était très répandu. En effet, on croyait que les femmes dans la quarantaine ou la cinquantaine n’étaient plus physiquement aptes à avoir des rapports sexuels, et leur libido était ridiculisée par la littérature populaire. En 1721, Elisabetta Neri, une femme de 29 ans qui cherchait des conseils pour soulager ses bouffées de chaleur qui la mettaient hors d’état de fonctionner, s’est entendu dire qu’à partir de 36 ans, les femmes n’avaient plus besoin de se toucher, mais que cela pouvait l’aider à se détendre et à soulager son état.

Les femmes étaient également interrogées de manière fréquente et répétée sur leur plaisir : se touchaient-elles lorsqu’elles étaient seules ? Touchaient-elles d’autres femmes, des garçons ou même des animaux ? Regardaient-elles les « parties honteuses » de leurs amies pour comparer qui « avait la nature la plus grande ou la plus serrée, avec ou sans poils » (ADDF, CAUSE 1732 f.516) ? Pour les femmes, ces commentaires représentaient des intrusions inappropriées dans leur intimité. D’après les harceleurs masculins, il s’agissait d’une forme de curiosité excitante et une façon de donner des conseils : un frère franciscain, en 1715, a ainsi démenti avoir fait des commentaires intrusifs sur la vie sexuelle d’une femme (ADDF, Stanza Storica, M7 R, procès 3).

En quête de conseils avisés, les femmes confiaient leurs secrets les plus intimes à ces érudits, et elles pouvaient être déconcertées par l’attitude que leurs confesseurs affichaient souvent. En 1633, Angiola affirmait avoir « tremblé pendant trois mois » après avoir subi des violences verbales (ADDF, vol. 31, Processi). Les remarques déplacées et les attouchements non désirés choquaient celles qui en étaient victimes.

Le courage de s’exprimer

Il est indéniable que la sexualité est un objet culturel, encadré par des codes moraux et des agendas politiques qui font l’objet de négociations constantes. Les femmes ont été sans cesse surveillées, leur corps et leur comportement étant soumis à un contrôle permanent. Cependant, l’histoire nous enseigne que les femmes pouvaient être conscientes de leur corps et de leurs expériences sexuelles. Elles discutaient de leurs doutes, et certaines se sont ouvertement opposées au harcèlement ou aux relations abusives.

Au XVIIIe siècle en Italie, les femmes catholiques n’avaient pas toujours les mots pour qualifier les abus dont elles étaient victimes, mais elles savaient reconnaître qu’elles ne vivaient pas toujours un échange « honnête » dans le confessionnal, et parfois elles ne l’acceptaient pas. Elles ne pouvaient pas y échapper, mais elles avaient le courage d’agir contre un tel abus.

Une culture d’abus sexuels est difficile à éradiquer, mais les femmes peuvent s’exprimer et obtenir justice. Les événements des siècles passés montrent qu’il est toujours possible de dénoncer, comme c’est encore le cas aujourd’hui.


Note de l’auteur : les références entre parenthèses dans le texte renvoient à des documents consultables conservés dans les archives du Vatican.

The Conversation

Giada Pizzoni a reçu une bourse Marie Skłodowska-Curie de la Commission européenne.

ref. Dans l’Italie du XVIIIe siècle, les femmes s’insurgeaient contre le harcèlement sexiste et sexuel subi dans les confessionnaux – https://theconversation.com/dans-litalie-du-xviii-sup-e-sup-siecle-les-femmes-sinsurgeaient-contre-le-harcelement-sexiste-et-sexuel-subi-dans-les-confessionnaux-271118

Football : 30 ans après l’arrêt Bosman, quel bilan pour le marché des transferts ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School

Le Belge Jean-Marc Bosman, joueur modeste des années 1990, restera peut-être dans l’histoire comme le footballeur qui aura eu le plus grand impact sur son sport. En effet, l’arrêt portant son nom, adopté il y a exactement trente ans, a permis aux joueurs en fin de contrat de rejoindre un autre club sans l’exigence d’une indemnité de transfert. Il a également mis fin à la règle qui prévalait jusqu’alors de trois étrangers maximum par équipe, ouvrant la voie à une aspiration des joueurs du monde entier vers les clubs les plus riches.


« Toi, avec ton arrêt, tu vas rester dans l’histoire, comme Bic ou Coca-Cola », avait dit Michel Platini à Jean-Marc Bosman en 1995. Platini n’avait sans doute pas tort.

Les faits remontent à 1990. Le contrat de travail de Bosman, footballeur professionnel du Royal Football Club (RFC) de Liège (Belgique), arrive à échéance le 30 juin. Son club lui propose un nouveau contrat, mais avec un salaire nettement inférieur. Bosman refuse et est placé sur la liste des transferts. Conformément aux règles de l’Union européenne des associations de football (UEFA) en vigueur à l’époque, le transfert d’un joueur, même en fin de contrat, s’effectue en contrepartie d’une indemnité versée par le club acheteur au club vendeur. Autrement dit, pour acquérir Bosman, le nouveau club devra verser une indemnité de transfert au RFC.

En juillet, l’Union sportive du littoral de Dunkerque (USL) en France est intéressée. Mais le club belge, craignant l’insolvabilité de l’USL, bloque l’opération. Bosman se retrouve sans employeur. Pis, il continue d’appartenir à son ancien club, lequel maintient ses droits de transfert. Par ailleurs, en vertu de la règle des quotas – trois étrangers maximum par équipe –, il est difficile pour le joueur de rejoindre un club dans un autre État de la Communauté européenne.

S’estimant lésé, Bosman saisit les tribunaux belges. L’affaire est par la suite portée devant la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE).

Coup de tonnerre : le 15 décembre 1995, la CJCE tranche en faveur de Bosman.

Décision de la CJCE

La Cour précise que le sport professionnel, comme toute activité économique au sein de la Communauté européenne, est soumis au droit communautaire. Elle considère dès lors que toute disposition restreignant la liberté de mouvement des footballeurs professionnels ressortissants de la Communauté européenne est contraire à l’article 48 du Traité de Rome, lequel prévoit la libre concurrence et la liberté de circulation des travailleurs entre les États membres.

La CJCE reprend ses jurisprudences antérieures (arrêts Walrawe et Koch en 1974 et Doña en 1976) et déclare que les règles de quotas fondées sur la nationalité des joueurs ressortissants communautaires constituent des entraves au marché commun.

En outre, la Cour va plus loin dans son jugement et estime que les indemnités de transfert pour les joueurs en fin de contrat (encore appliquées par certains clubs européens en 1995) sont contraires au droit communautaire.

Enjeux et impacts de l’arrêt Bosman

Le socle de cette décision a été la standardisation ou plutôt l’universalité des règles sportives au niveau de l’UEFA (54 fédérations) et de la Fédération Internationale de Football Association, FIFA (211 fédérations), qui ont dû s’aligner sur la jurisprudence Bosman.

Ainsi, cet arrêt de la CJCE a conduit les instances du football à réformer le système des transferts (Réformes dites « Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs », (RSTJ) 2001, 2005, 2017-2022). Conséquemment, l’arrêt Bosman a drastiquement accentué la libéralisation du marché des transferts.

Cela s’est traduit par la suppression des obstacles à la libre circulation des sportifs. Les joueurs en fin de contrat sont devenus libres de rejoindre un autre club sans que celui-ci soit tenu de verser une indemnité de transfert à leur ancien club. Fin de l’ « esclavage » sportif ! Fin également du « régime de quotas » pour les joueurs ressortissants communautaires au sein des effectifs dans les clubs européens !

De facto, il y a eu une augmentation du nombre de joueurs étrangers communautaires, désormais illimité pour les joueurs des pays de l’Union européenne (UE). C’est le cas également pour les joueurs de l’Espace économique européen et pour ceux issus des pays ayant un accord d’association ou de coopération avec l’UE à la suite des arrêts Malaja dans le basket en 2002, Kolpak dans le handball en 2003 et Simutenkov dans le football en 2005. Il en est de même, depuis l’accord de Cotonou en 2000 (remplacé par l’accord de Samoa en 2023), pour les détenteurs des nationalités de 47 pays d’Afrique, 15 pays des Caraïbes et 15 pays du Pacifique. En France, le nombre de joueurs considérés comme « extra-communautaires » est limité à quatre.

Par ailleurs, comme le souligne Vincent Chaudel, co-fondateur de l’Observatoire du Sport Business, l’arrêt
Bosman a inversé le rapport de force entre joueurs et clubs. L’inflation des salaires, qui avait commencé dans les années 1980, s’est accélérée dès les premières années après cet arrêt, puis de manière exponentielle chez les superstars par la suite.

Selon le magazine Forbes, les cinq footballeurs les mieux rémunérés en 2024 étaient Cristiano Ronaldo (environ 262,4 millions d’euros), Lionel Messi (environ 124,3 millions d’euros), Neymar (environ 101,3 millions d’euros), Karim Benzema (environ 95,8 millions d’euros) et Kylian Mbappé (environ 82,9 millions d’euros). L’écart salarial entre les footballeurs et les footballeuses reste néanmoins encore béant.




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L’arrêt Bosman a aussi fortement impacté la spéculation de la valeur marchande des superstars et des jeunes talents.




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Au-delà, cet arrêt s’est matérialisé par l’extension de la libre circulation des joueurs formés localement dans un État membre de l’UE, au nom de la compatibilité avec les règles de libre circulation des personnes ; cette mesure a ensuite été étendue à d’autres disciplines sportives.

Une autre particularité concerne le prolongement de la jurisprudence Bosman aux amateurs et aux dirigeants sportifs.

Enfin, il est important de rappeler que si l’arrêt Bosman a permis à de nombreux acteurs du football (joueurs, agents, clubs, investisseurs, etc.) de s’enrichir, ce fut loin d’être le cas pour Jean-Marc Bosman lui-même. Dans un livre autobiographique poignant, Mon combat pour la liberté, récemment publié, l’ancien joueur raconte son combat judiciaire de cinq ans, ainsi que sa longue traversée du désert (trahisons, difficultés financières, dépressions, etc.) après la décision de la CJCE.

Perspectives : du 15 décembre 1995 au 15 décembre 2025, 30 ans de libéralisation

L’arrêt Bosman a dérégulé, explosé et exposé le marché des transferts. Le récent article de la Fifa consacré au marché estival de 2025 en témoigne : cet été-là, 9,76 milliards de dollars d’indemnités de transfert ont éé versés dans le football masculin et 12,3 millions de dollars dans le football féminin.

Ainsi, l’arrêt a ouvert la voie à une libéralisation inédite des opérations, conduisant parfois à des montages financiers particulièrement complexes.




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Au-delà de l’explosion des indemnités de transfert, l’arrêt Bosman a creusé les inégalités entre les clubs, tant au niveau national qu’européen. Pendant que les clubs les moins riches servent de pépinières pour former les futurs talents, les clubs les plus riches déboursent des sommes astronomiques pour acquérir les meilleurs footballeurs : Neymar, 222 millions d’euros ; Mbappé, 180 millions d’euros ; Ousmane Dembelé et Alexander Isak, 148 millions d’euros ; Philippe Coutinho, 135 millions d’euros, etc. Cela se traduit par l’ultra-domination des gros clubs dans les championnats européens avec le risque d’un « déclin général de l’équilibre compétitif dans le football européen » selon l’Observatoire du football CIES.

Enfin, avec la libéralisation du marché des transferts, des réseaux internationaux se tissent – et par la même occasion s’enrichissent – pour dénicher les futures « poules aux œufs d’or ». L’Amérique du Sud, l’Afrique (notamment depuis l’accord Cotonou) et l’Europe de l’Est sont devenues les principaux exportateurs des footballeurs (certains partent à un âge très précoce à l’étranger et se retrouvent loin de leur famille) vers les clubs d’Europe de l’Ouest.

Pour conclure, il serait souhaitable de réguler le marché, d’assainir l’écosystème et d’apaiser les ardeurs. L’arrêt Diarra (qualifié de « Bosman 2.0 ») de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) – anciennement la CJCE – le 4 octobre 2024 est une avancée dans ce sens. Bien que la Cour n’ait pas remis en cause tout le système des transferts, elle a enjoint la FIFA à modifier sa réglementation afin que les footballeurs ne soient plus sous le joug de leur club en cas de rupture unilatérale de leur contrat.

Les joueurs doivent pouvoir y mettre un terme sans craindre de devoir verser une indemnité « disproportionnée » à leur club, et sans que le nouveau club désireux de les recruter soit tenu de verser solidairement et conjointement cette indemnité en cas de rupture sans « juste cause ». Dans l’urgence, un cadre réglementaire provisoire relatif au RSTJ a été adopté par la FIFA en décembre 2024 – jugé pour autant non conforme à la décision de la CJUE.

Le monde du football a besoin d’une transformation systémique où le plafonnement des coûts de transfert, mais aussi la gestion vertueuse des clubs et des institutions, l’encadrement et l’égalité des salaires homme-femme, la prise en compte du bien-être psychologique des acteurs, etc. constitueraient un socle fort pour un renouveau du marché des transferts et de l’industrie du football dans sa globalité.

Mieux, l’industrie du football ne doit plus constituer un mobile pour creuser les écarts et les disparités sociales et sociétales.

Annexe : 11 dates et événements clés

1891 : J. P. Campbell de Liverpool est le premier agent à faire la promotion de joueurs auprès des clubs par des publicités via la presse.

1905 : William McGregor, ancien président du club d’Aston Villa et fondateur de la ligue anglaise déclare, en une formule visionnaire pour l’époque, « Football is big business ».

1930 : la première Coupe du Monde de football a lieu en Uruguay.

1932 : la mise en place du premier championnat professionnel de football en France avec des dirigeants employeurs et des joueurs salariés sans aucun pouvoir ainsi que l’établissement du contrat à vie des footballeurs, liés à leur club jusqu’à l’âge de 35 ans.

1961 : le salaire minimum des joueurs de football est supprimé. Cette décision a pour effet d’équilibrer le pouvoir de négociation entre joueurs et clubs.

Entre 1960 et 1964 : les salaires des joueurs de la première division française évoluent drastiquement (augmentation de 61 % par rapport à ceux des années 1950).

1963 : la Haute Cour de Justice anglaise dispose, dans l’affaire Georges Eastham, que le système de « conservation et transfert » est illégal.

1969 : la mise en place du contrat de travail à durée librement déterminée.

1973 : l’adoption de la Charte du football professionnel.

1991 : la première Coupe du monde de football féminin se déroule en Chine.

1995 : l’arrêt Bosman de la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) du 15 décembre 1995 crée un véritable bouleversement dans le système de transfert des joueurs au sein de l’UE – anciennement la Communauté européenne.

The Conversation

Moustapha Kamara a reçu une Bourse de recherche Havelange de la FIFA.

Allane Madanamoothoo et Daouda Coulibaly ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Football : 30 ans après l’arrêt Bosman, quel bilan pour le marché des transferts ? – https://theconversation.com/football-30-ans-apres-larret-bosman-quel-bilan-pour-le-marche-des-transferts-270916

« Un an après le cyclone Chido, la situation de Mayotte reste critique »

Source: The Conversation – in French – By Fahad Idaroussi Tsimanda, Géographe, chercheur associé au LAGAM, Université de Montpellier

Le cyclone Chido a ravagé le département français de Mayotte le 14 décembre 2024. Si l’État est intervenu massivement pour traiter l’urgence, les promesses de reconstruction structurelles semblent loin d’avoir été tenues. Entretien avec le géographe mahorais Fahad Idaroussi Tsimanda.


The Conversation : Un an après Chido, où en est la reconstruction ?

Fahad Idaroussi Tsimanda : Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a frappé Mayotte et endommagé 80 % du territoire mahorais (près de 60 % de l’habitat aurait été détérioré ou totalement détruit, mais aussi de nombreuses infrastructures, des territoires agricoles et naturels). Il s’agissait d’une catastrophe humanitaire majeure, malgré un bilan officiel limité à 40 morts et 41 disparus. Rapidement, l’État a mobilisé de forts moyens d’urgence après avoir déclaré l’état de calamité naturelle exceptionnelle. Sur place, plus de 4 000 personnels de la sécurité civile, de la police, de la gendarmerie et des armées ont été déployés. De l’aide humanitaire a été distribuée massivement – packs d’eau, patates, bananes, farine, huile, etc. La remise en état des routes et des principaux réseaux d’eau potable et d’électricité ont été effectifs au bout d’un mois environ.

Une forte mobilisation politique a également eu lieu dans le courant de l’année 2025. Pour formaliser et encadrer la reconstruction de l’île, le gouvernement a adopté une loi d’urgence en février 2025, puis une loi pour la refondation de Mayotte, fixant une trajectoire d’investissement de 4 milliards d’euros sur plusieurs années. Ces textes ont été complétés par des ordonnances visant à accélérer la reconstruction, notamment en adaptant temporairement les règles de construction pour faciliter la reconstruction des logements détruits.

Pourtant, notre constat est que, au-delà de l’urgence, la reconstruction structurelle n’a toujours pas eu lieu et la situation demeure critique sur place. Nous sommes encore très loin de ce que les Mahorais attendaient. Selon les chiffres de la députée Estelle Youssouffa, très peu d’argent a été dépensé : 25 millions d’euros seulement depuis le début de l’année, soit environ 0,6 % de l’enveloppe totale promise de 4 milliards d’euros.

J’ai pu constater que, dans le chef-lieu, Mamoudzou, plusieurs bâtiments publics (ceux du Département de Mayotte, la mairie, le commissariat, ceux de l’intercommunalité, etc.) sont toujours couverts de bâches. Au centre hospitalier de Mayotte, des travaux de toiture sont en cours, mais l’essentiel a en revanche été réalisé.

Pour ce qui concerne les particuliers, un prêt à taux zéro de reconstruction a été a été promis aux Mahorais, aux ménages sinistrés avec une enveloppe de 50 000 euros. Mais je ne connais personne autour de moi qui en ait bénéficié. Certains habitants ont déjà reconstruit, certains démarrent à peine leurs chantiers.

Je suis enseignant, et je constate que la situation des écoles est toujours très dégradée, avec beaucoup de salles de classe indisponibles ce qui conduit à charger les effectifs pour chaque classe. On estime que 40 % des établissements scolaires ont été détruits ou endommagés pendant le cyclone. Les classes fermées contraignent les élèves à un nombre d’heures de cours limités avec un système de rotation.

Les bidonvilles ont été ravagés par Chido. Que s’est-il passé dans ces quartiers depuis un an ? François Bayrou, le premier ministre de l’époque, s’était engagé à bloquer leur reconstruction. Est-ce le cas ?

F. I. T. : Dès le lendemain du passage de Chido, les familles de migrants vivant dans les bidonvilles ont reconstruit leurs maisons. Le préfet de Mayotte a interdit aux particuliers d’acheter des tôles s’ils ne pouvaient pas présenter de justificatif de domicile, afin d’empêcher la reconstruction de bidonvilles. Pourtant, il fut très facile de contourner cela avec le justificatif d’un voisin. Ceux qui avaient les moyens ont acheté des tôles et des chevrons. D’autres ont réutilisé les tôles déformées et ont débité des cocotiers tombés à terre pour les structures.

Imaginer reconstruire en dur dans ces quartiers est un leurre. Les personnes qui habitent dans les bidonvilles sont souvent en situation irrégulière, elles n’ont pas droit au logements sociaux qui sont de toute façon en nombre insuffisant. Quelle autre option est possible ? Selon les statistiques officielles, avant Chido, il existait environ neuf logements sociaux pour 1 000 habitants, ce qui est extrêmement faible. Or 40 % des logements sont en tôle à Mayotte et 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté national. Les bidonvilles, reconstruits à l’identique, sont toujours aussi fragiles et vulnérables face aux intempéries.

Après Chido, les migrants ont été pointés du doigt par une partie de la classe politique française. Le gouvernement Bayrou a légiféré pour durcir l’accès à la nationalité française et a promis plus de fermeté pour lutter contre l’immigration. Comment évolue la situation sur place ?

F. I. T. : Près de la moitié des personnes vivant à Mayotte sont des étrangers, dont de nombreux illégaux, installés dans les bidonvilles. Les opérations policières massives, comme Wambushu ou Place nette pour raser les bidonvilles et expulser massivement, n’ont pas été renouvelées en 2025. En revanche, les policiers aux frontières interviennent toujours en mer et au sein de l’île pour expulser les illégaux. Mais ces derniers reviennent : l’île est facilement accessible depuis les îles voisines en bateau et les frontières sont difficiles à contrôler.

Malgré les efforts de l’État, les arrivées illégales se poursuivent. Les migrants vivent toujours dans des logements précaires, avec un accès limité aux droits fondamentaux et des inégalités qui perdurent.

Les relations entre la France et les Comores jouent un rôle central dans cette problématique migratoire. Quel est l’état de ces relations ?

F. I. T. : En 2018, un accord a été conclu entre l’Union des Comores et la France. Il s’agissait pour la France d’aider les Comores sur le plan de l’agriculture, de l’éducation, de la santé – ceci à condition que le gouvernement comorien stoppe le départ des migrants depuis l’île d’Anjouan. Mais depuis, rien n’a changé. Le président de l’Union des Comores Azali Assoumani répète avec constante que la France doit abandonner Mayotte et l’île intégrer l’Union des Comores. Il affirme que Mayotte appartient aux Comores, sans doute pour satisfaire son électorat, alors que les habitants des Comores vivent dans une grande pauvreté.

Quel est l’état d’esprit des habitants de l’île que vous côtoyez ?

F. I. T. : Les Mahorais sont résilients. Après le cyclone, ils se sont entraidés, ils étaient solidaires. Ici, la vie suit son cours. Certains critiquent le gouvernement, mais, en général, les Mahorais sont confiants dans l’avenir. Ce qui est un sujet de tension, ce sont les phénomènes de violence qui impliquent parfois des migrants. Cela ne date pas de Chido. La question migratoire est montée en puissance depuis que l’île est un département français, en 2011.

The Conversation

Fahad Idaroussi Tsimanda ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Un an après le cyclone Chido, la situation de Mayotte reste critique » – https://theconversation.com/un-an-apres-le-cyclone-chido-la-situation-de-mayotte-reste-critique-271690

Scolarité : Le privé fait-il mieux que le public ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Léonard Moulin, Research fellow, Ined (Institut national d’études démographiques)

Lorsque l’on considère évaluations nationales et examens, les écoles privées affichent non seulement de meilleurs résultats que les écoles publiques, mais aussi de meilleurs taux de progression des élèves au fil de leur scolarité. Est-ce le simple reflet de leur composition sociale plus favorisée ? Ou faut-il y voir un « effet » propre à ces établissements ?


La question de l’école privée occupe aujourd’hui une place singulière dans le débat éducatif français. Elle revient d’ailleurs régulièrement au centre des discussions publiques, souvent au gré de polémiques autour des choix scolaires des ministres de l’éducation nationale eux-mêmes. La séquence s’est répétée récemment : Édouard Geffray, le nouveau ministre, a inscrit ses enfants dans le privé – comme ses prédécesseurs Amélie Oudéa-Castéra, en 2024, et Pap Ndiaye.

Si ces épisodes retiennent autant l’attention, c’est qu’ils cristallisent une tension devenue centrale : régulièrement crédité de meilleurs résultats scolaires que le secteur public, le secteur privé est largement financé par des fonds publics tout en étant autorisé à sélectionner ses élèves.

Ces différences de recrutement se traduisent par des écarts massifs dans la composition sociale des établissements entre public et privé. C’est ce que montrent les indices de position sociale (IPS) calculés par le ministère de l’éducation nationale en considérant les catégories socio-professionnelles des parents d’élèves.

Les graphiques ci-dessous traduisent ces disparités, académie par académie. Prenons l’exemple de Paris : l’IPS moyen des écoles publiques y est d’environ 118, contre 143 dans le privé sous contrat, soit un écart d’environ 25 points, l’un des plus élevés du pays. Autrement dit, les écoles privées parisiennes scolarisent un public en moyenne beaucoup plus favorisé socialement que les écoles publiques. Les distributions montrent également que le privé est concentré sur le haut de l’échelle sociale, tandis que le public accueille une population plus hétérogène, avec davantage d’élèves issus de milieux modestes.

Distribution de l’IPS des écoles publiques et privées par académie.
Ministère de l’éducation nationale — DEPP, IPS des écoles primaires, calculs de l’auteur. Note : Les graphiques présentent, pour chaque académie, la distribution de l’IPS des écoles primaires publiques et privées sous contrat. Les lignes verticales en pointillé indiquent les moyennes d’IPS par secteur., CC BY-NC-ND

Les meilleurs résultats des écoles privées aux évaluations nationales et aux examens viennent-ils réellement d’un « effet » propre au privé ou reflètent-ils avant tout la composition sociale plus favorisée de ses élèves ?

Des résultats scolaires plus élevés dans le privé

Les comparaisons internationales offrent un premier éclairage. Les évaluations PISA, menées auprès d’élèves de 15 ans, rappellent combien la France demeure l’un des pays où les résultats scolaires dépendent le plus du milieu social : près d’un cinquième des performances s’explique par l’origine sociale.

Dans ce contexte, les établissements privés – qui accueillent un public en moyenne plus favorisé – obtiennent logiquement de meilleurs scores bruts. Mais il s’agit d’une photographie instantanée, qui ne dit rien de la manière dont les élèves progressent dans le temps.

Lorsque l’on cesse de regarder uniquement les performances à un instant donné pour suivre les élèves au fil de leur scolarité, un autre constat apparaît. Du début à la fin du collège, les élèves scolarisés dans un établissement privé progressent plus que ceux du public, à milieu social comparable. Cette différence apparaît à la fois dans les évaluations de sixième et dans les notes finales du brevet : en moyenne, les trajectoires scolaires s’améliorent plus nettement dans le privé.

Lorsque l’on considère les épreuves terminales du brevet, dans les graphiques qui suivent, il apparaît que, dans chaque matière, les élèves scolarisés dans le privé sous contrat obtiennent en moyenne des notes plus élevées que ceux du public. Les distributions montrent également que les résultats des élèves du public sont plus dispersés, avec davantage d’élèves dans la partie basse de la distribution.

Écarts de performance au brevet entre collèges publics et privés.
Panel d’élèves 2007 du ministère de l’éducation nationale (Panel 2007), calculs de l’auteur. Note : Les graphiques représentent les notes obtenues aux épreuves terminales du brevet (mathématiques, français, histoire-géographie) pour les élèves scolarisés en collège public ou privé sous contrat. Lecture : Les boîtes représentent l’intervalle interquartile (50 % des élèves) ; la ligne centrale indique la médiane. Les losanges noirs correspondent à la moyenne des notes obtenues aux épreuves terminales du brevet (mathématiques, français, histoire-géographie)., CC BY-NC-ND

En examinant ces parcours de manière plus fine, un élément supplémentaire émerge : ces écarts ne sont pas uniformes selon le niveau initial. Une étude récente montre que l’avantage observé en fin de troisième est plus marqué pour les élèves initialement les plus faibles, en particulier en mathématiques. Autrement dit, les différences entre public et privé tiennent à la fois aux acquis de départ, mais aussi à la manière dont les élèves progressent au cours du collège.

Des progrès plus marqués au fil de la scolarité dans le privé

Un travail conduit par le service statistique du ministère de l’éducation nationale aboutit à un résultat très proche. En suivant une cohorte d’élèves du CP au début du lycée, ses auteurs montrent que, à contexte familial et scolaire comparable, la progression en français et en mathématiques au collège – et surtout en mathématiques – est plus élevée dans le privé que dans le public.

Ces différences de progression ne peuvent pas s’expliquer par certains facteurs souvent avancés dans le débat public. Les chiffres sont sans ambiguïté : les classes du privé comptent en moyenne 27,2 élèves, contre 24,7 dans le public ; le nombre d’élèves par enseignant y est plus élevé (14,6 contre 12,8) ; et le privé n’emploie pas davantage d’enseignants agrégés (4,5 % contre 13,4 % dans le public). Rien, dans ces indicateurs d’encadrement, ne suggère donc des conditions plus favorables dans le privé.

Les explications doivent être cherchées ailleurs. Deux pistes se dégagent. D’abord, la composition sociale : les établissements privés accueillent un public plus favorisé, ce qui peut mécaniquement tirer les résultats vers le haut et permettre d’enseigner à des niveaux plus élevés.

Ensuite, le libre recrutement des enseignants, qui permet de constituer des équipes pédagogiques plus cohérentes et plus stables, potentiellement mieux alignées sur un projet éducatif commun – un cadre qui peut là aussi soutenir un niveau d’exigence plus élevé.

Une composition sociale qui n’explique pas tout

Une fois posés ces constats, une question centrale demeure : dans quelle mesure les écarts public/privé s’expliquent-ils simplement par la composition sociale beaucoup plus favorisée des établissements privés ? Lorsqu’on compare des élèves de même origine sociale, et que l’on tient compte non seulement de leurs caractéristiques individuelles, mais aussi de la composition sociale des établissements et des classes dans lesquels ils sont scolarisés, l’avantage du privé sur le public ne diminue que très légèrement.

En pratique, seulement 15 à 23 % de l’avantage initial s’efface. Autrement dit, la composition sociale explique bien une partie de la différence… mais certainement pas tout. D’autres facteurs sont donc en jeu.

L’étude révèle un point essentiel : la composition sociale n’agit pas de la même manière selon l’origine des élèves. Pour les élèves issus de milieux favorisés, l’avantage apparent du privé tient surtout au fait qu’ils sont scolarisés dans des collèges où la part d’élèves aisés est nettement plus élevée que dans le public. Une fois que l’on compare des élèves favorisés inscrits dans des établissements au profil social similaire dans les deux secteurs, l’écart de performances entre public et privé devient quasi nul. Rien n’indique, en revanche, que ces élèves tirent leurs meilleures performances de spécificités pédagogiques propres au privé.

À l’inverse, pour les élèves issus de milieux modestes, la situation est tout autre : l’avantage du privé demeure nettement perceptible, même après avoir neutralisé les effets du milieu social et de l’environnement scolaire. Ce sont finalement ces élèves, pourtant très minoritaires dans le privé, qui tirent le plus de bénéfices de la scolarisation dans le privé en termes de résultats scolaires.

Interroger l’équité du système scolaire

S’ajoute une interrogation liée au fonctionnement même des établissements : si la composition sociale n’explique qu’une part modeste des écarts observés, où chercher les leviers restants ? Une piste souvent avancée concerne le mode de recrutement des enseignants, plus flexible dans le privé : dans le public, les enseignants sont affectés par l’administration, tandis que dans le privé sous contrat ce sont les chefs d’établissement qui recrutent directement les enseignants, ce qui leur laisse davantage de marge pour composer leurs équipes pédagogiques autour du projet d’établissement.

Rien n’interdit d’examiner ce que certaines pratiques propres au privé – par exemple le recrutement plus libre des enseignants par le chef d’établissement – pourraient inspirer au secteur public, comme l’expérimentation récente menée dans le cadre du plan « Marseille en grand ». Ce type de dispositif reste encore peu documenté par la recherche et constitue un terrain privilégié pour de futurs travaux.

Finalement, peut-on considérer comme durable un système où l’argent public soutiendrait, de fait, une organisation qui contribue à renforcer la ségrégation scolaire ? La question mérite d’être posée, ne serait-ce qu’au regard des principes mêmes inscrits dans le Code de l’éducation, selon lesquels « le service public de l’éducation […] contribue à l’égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative ».

L’enjeu est désormais de documenter précisément les mécanismes à l’œuvre, afin d’identifier quels leviers d’organisation scolaire pourraient, à terme, être mobilisés au service d’une plus grande équité du système éducatif.

The Conversation

Léonard Moulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Scolarité : Le privé fait-il mieux que le public ? – https://theconversation.com/scolarite-le-prive-fait-il-mieux-que-le-public-270855

What’s at stake in Trump’s executive order aiming to curb state-level AI regulation

Source: The Conversation – USA – By Anjana Susarla, Professor of Information Systems, Michigan State University

President Donald Trump displays his executive order countering state laws regulating AI. Alex Wong/Getty Images

President Donald Trump signed an executive order on Dec. 11, 2025, that aims to supersede state-level artificial intelligence laws that the administration views as a hindrance to innovation in AI.

State laws regulating AI are increasing in number, particularly in response to the rise of generative AI systems such as ChatGPT that produce text and images. Thirty-eight states enacted laws in 2025 regulating AI in one way or another. They range from prohibiting stalking via AI-powered robots to barring AI systems that can manipulate people’s behavior.

The executive order declares that it is the policy of the United States to produce a “minimally burdensome” national framework for AI. The order calls on the U.S. attorney general to create an AI litigation task force to challenge state AI laws that are inconsistent with the policy. It also orders the secretary of commerce to identify “onerous” state AI laws that conflict with the policy and to withhold funding under the Broadband Equity Access and Deployment Program to states with those laws. The executive order exempts state AI laws related to child safety.

Executive orders are directives to federal agencies on how to implement existing laws. The AI executive order directs federal departments and agencies to take actions that the administration claims fall under their legal authorities.

Big tech companies have lobbied for the federal government to override state AI regulations. The companies have argued that the burden of following multiple state regulations hinders innovation.

Proponents of the state laws tend to frame them as attempts to balance public safety with economic benefit. Prominent examples are laws in California, Colorado, Texas and Utah. Here are some of the major state laws regulating AI that could be targeted under the executive order:

Algorithmic discrimination

Colorado’s Consumer Protections for Artificial Intelligence is the first comprehensive state law in the U.S. that aims to regulate AI systems used in employment, housing, credit, education and health care decisions. However, enforcement of the law has been delayed while the state legislature considers its ramifications.

The focus of the Colorado AI act is predictive artificial intelligence systems, which make decisions, not newer generative artificial intelligence like ChatGPT, which create content.

The Colorado law aims to protect people from algorithmic discrimination. The law requires organizations using these “high-risk systems” to make impact assessments of the technology, notify consumers whether predictive AI will be used in consequential decisions about them, and make public the types of systems they use and how they plan to manage the risks of algorithmic discrimination.

A similar Illinois law scheduled to take effect on Jan. 1, 2026, amends the Illinois Human Rights Act to make it a civil rights violation for employers to use AI tools that result in discrimination.

On the ‘frontier’

California’s Transparency in Frontier Artificial Intelligence Act specifies guardrails on the development of the most powerful AI models. These models, called foundation or frontier models, are any AI model that is trained on extremely large and varied datasets and that can be adapted to a wide range of tasks without additional training. They include the models underpinning OpenAI’s ChatGPT and Google’s Gemini AI chatbots.

The California law applies only to the world’s largest AI models – ones that cost at least US$100 million and require at least 1026 – or 100,000,000,000,000,000,000,000,000 – floating point operations of computing power to train. Floating point operations are arithmetic that allows computers to calculate large numbers.

a scatter plot with colored dots
Today’s most powerful AI models required far more computing power to train than previous models. The vertical axis is floating point operations, a measure of computing power.
Robi Rahman, David Owen and Josh You (2024), ‘Tracking large-scale AI models.’ Published online at epoch.ai., CC BY

Machine learning models can produce unreliable, unpredictable and unexplainable outcomes. This poses challenges to regulating the technology.

Their internal workings are invisible to users and sometimes even their creators, leading them to be called black boxes. The Foundation Model Transparency Index shows that these large models can be quite opaque.

The risks from such large AI models include malicious use, malfunctions and systemic risks. These models could potentially pose catastrophic risks to society. For example, someone could use an AI model to create a weapon that results in mass casualties, or instruct one to orchestrate a cyberattack causing billions of dollars in damages.

The California law requires developers of frontier AI models to describe how they incorporate national and international standards and industry-consensus best practices. It also requires them to provide a summary of any assessment of catastrophic risk. The law also directs the state’s Office of Emergency Services to set up a mechanism for anyone to report a critical safety incident and to confidentially submit summaries of any assessments of the potential for catastrophic risk.

Disclosures and liability

Texas enacted the Texas Responsible AI Governance Act, which imposes restrictions on the development and deployment of AI systems for purposes such as behavioral manipulation. The safe harbor provisions – protections against liability – in the Texas AI act are meant to provide incentives for businesses to document compliance with responsible AI governance frameworks such as the NIST AI Risk Management Framework.

What is novel about the Texas law is that it stipulates the creation of a “sandbox” – an isolated environment where software can be safely tested – for developers to test the behavior of an AI system.

The Utah Artificial Intelligence Policy Act imposes disclosure requirements on organizations using generative AI tools with their customers. Such laws ensure that a company using generative AI tools bears the ultimate responsibility for resulting consumer liabilities and harms and cannot shift the blame to the AI. This law is the first in the nation to stipulate consumer protections and require companies to prominently disclose when a consumer is interacting with generative AI system.

Other moves

States are also taking other legal and political steps to protect their citizens from the potential harms of AI.

Florida Republican Gov. Ron DeSantis said he opposes federal efforts to override state AI regulations. He has also proposed a Florida AI bill of rights to address “obvious dangers” of the technology.

Meanwhile, the attorneys general of 38 states and the attorneys general of the District of Columbia, Puerto Rico, American Samoa and the U.S. Virgin Islands called on AI companies, including Anthropic, Apple, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Perplexity AI and xAI, to fix sycophantic and delusional outputs from generative AI systems. These are outputs that can lead users to become overly trusting of the AI systems or even delusional.

It’s not clear what effect the executive order will have, and observers have said it is illegal because only Congress can supersede state laws. The order’s final provision directs federal officials to propose legislation to do so.

The Conversation

Anjana Susarla does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What’s at stake in Trump’s executive order aiming to curb state-level AI regulation – https://theconversation.com/whats-at-stake-in-trumps-executive-order-aiming-to-curb-state-level-ai-regulation-266668

Le « divorce silencieux », un nouveau nom à un vieux problème : la lente érosion de l’intimité

Source: The Conversation – in French – By Emily Impett, Professor of Psychology, University of Toronto

Certaines relations se terminent bruyamment, mais la plupart s’étiolent en silence. Il n’y a ni dispute spectaculaire ni révélation soudaine. Peu à peu, les partenaires cessent de se rejoindre dans ces petits gestes du quotidien qui, autrefois, nourrissaient la relation.

Le divorce légal, s’il a lieu, n’est que la dernière étape d’une séparation amorcée depuis longtemps. Le terme « divorce silencieux » (ou quiet divorcing, en anglais), qui désigne ce retrait lent et discret au sein d’une relation durable, est récemment devenu viral.

Emprunté à l’expression quiet quitting (démission silencieuse), le terme a gagné en popularité parce qu’il nomme une expérience que beaucoup reconnaissent intuitivement, mais qu’ils peinent à formuler.

Lorsque les relations s’effritent graduellement, le processus peut sembler confus, voire imperceptible, même pour les partenaires eux-mêmes. Pourtant, si l’expression est nouvelle, la recherche sur les relations étudie ce déclin progressif depuis des décennies.

Le danger du désengagement émotionnel

Les relations peuvent se dégrader de multiples façons, comme le montrent les recherches du psychologue américain John Gottman. Certains couples entrent rapidement dans un cycle de conflits, mais pour de nombreuses unions de longue durée, les premiers signes de tension sont beaucoup plus subtils : de petites tentatives de connexion qui restent sans réponse, un retrait émotionnel qui passe inaperçu.

Ces tentatives peuvent être simples : envoyer un message léger en journée, partager quelque chose d’amusant, pointer un détail charmant durant une promenade. Quand l’autre répond avec chaleur, la proximité se renforce. Mais quand ces gestes sont ignorés ou accueillis froidement, la distance s’installe peu à peu.

Des études longitudinales — qui suivent les mêmes couples au fil du temps — montrent que la diminution des interactions positives est l’un des meilleurs indicateurs d’un malaise relationnel. Chez les couples qui finissent par se séparer après des années de vie commune, cette baisse survient souvent bien avant l’apparition de conflits visibles.

Dans ces relations, la satisfaction suit souvent un schéma en deux phases : une longue phase d’éloignement silencieux, suivie d’une chute plus franche quand la relation approche de sa fin. Au moment où les partenaires tentent enfin d’aborder leurs problèmes, l’infrastructure émotionnelle est parfois déjà trop fragilisée.

L’ennui rend la reconnexion plus difficile

L’ennui — ce sentiment de routine, de stagnation, de manque d’élan — joue lui aussi un rôle important dans le déclin relationnel.

Dans une étude longitudinale menée sur neuf ans, les chercheurs ont constaté que les couples qui déclarent s’ennuyer sont, en moyenne, moins satisfaits, même en tenant compte de leur satisfaction initiale. Ce lien s’explique par une lente érosion de la proximité émotionnelle.

D’autres recherches montrent que les jours où les couples s’ennuient, ils sont également moins enclins à s’adonner à des activités nouvelles ou stimulantes, et que ces rares moments sont vécus comme moins agréables. Avec le temps, la diminution des expériences partagées réduit la passion et l’élan du couple.

C’est ce qui explique pourquoi de nombreux partenaires ont l’impression que « tout est déjà fini » bien avant la rupture officielle.

Les relations ne s’effondrent presque jamais en un seul moment. Elles s’éteignent dans la perte discrète de ces instants partagés qui donnaient autrefois vie au lien.




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Pourquoi ce terme résonne-t-il autant aujourd’hui ?

Si les chercheurs connaissent ces dynamiques depuis longtemps, pourquoi le « divorce silencieux » semble-t-il toucher si juste aujourd’hui ?

L’expression reflète des attentes contemporaines élevées envers le couple. Comme le souligne le psychologue Eli Finkel dans son ouvrage The All-or-Nothing Marriage, les partenaires attendent désormais qu’une relation soit non seulement stable et sécurisante, mais aussi épanouissante, inspirante, presque transformative.

Lorsque la passion s’émousse — comme c’est naturellement le cas pour de nombreux couples —, ce changement normal est souvent perçu non comme une phase, mais comme une menace pour la relation. Les comparaisons constantes sur les réseaux sociaux accentuent encore cette pression : même un léger retrait peut sembler disproportionné.

On observe aussi des différences liées au genre. Les recherches montrent que les femmes sont souvent plus rapides à percevoir un malaise émotionnel, plus enclines à vouloir en discuter et, au final, plus susceptibles d’initier le divorce. Les hommes, en moyenne, ont davantage tendance à se retirer ou à éviter la confrontation émotionnelle.

Les normes culturelles jouent également un rôle. Dans de nombreuses sociétés, on attend des femmes qu’elles assurent l’entretien émotionnel du couple — — remarquer quand quelque chose ne va pas et engager la conversation, organiser des sorties ou planifier des soirées en amoureux pour maintenir le lien émotionnel au sein du couple.

Lorsque ce travail émotionnel invisible se heurte au silence ou à la résistance, des recherches suggèrent qu’il peut éroder le sentiment d’être aimé, accroître la détresse et alimenter les conflits — des conditions qui favorisent le désengagement émotionnel et, à terme, la dissolution de la relation.


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Quand le lent déclin peut être inversé

Le « divorce silencieux » rappelle que de nombreuses ruptures ne sont pas des événements, mais des processus.

Les chercheurs ont observé que les couples traversent souvent des mois, voire des années, de déclin progressif avant la séparation. Et beaucoup ne réalisent la distance accumulée qu’une fois qu’elle devient trop grande pour être comblée.

Pourtant, les mêmes petits gestes qui créent la distance peuvent, s’ils sont réintroduits, aider à rétablir le lien.

Répondre aux sollicitations quotidiennes de l’autre, exprimer sa gratitude, ajouter un peu de nouveauté dans la routine, peuvent raviver la proximité. Le déclin de l’intimité émotionnelle ou sexuelle n’annonce pas nécessairement la fin : il peut être un signal pour prendre soin de la relation.

Bien sûr, toutes les unions ne doivent pas être sauvées. Parfois, l’effacement silencieux témoigne simplement d’une prise de conscience honnête : la relation ne répond plus aux besoins des deux partenaires, ou elle est devenue trop douloureuse ou déséquilibrée. Reconnaître cela, ce n’est pas échouer.

Partir peut devenir un geste de lucidité et de bienveillance — envers soi-même et envers la possibilité d’une vie plus juste au-delà du couple.

Prêter attention aux changements subtils — les rires qui manquent, la curiosité qui s’émousse, les silences qui s’allongent — peut offrir aux partenaires l’occasion de corriger la trajectoire. Mais cela permet aussi de reconnaître quand la reconnection est possible… et quand il est temps de lâcher prise.

La Conversation Canada

Emily Impett reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

ref. Le « divorce silencieux », un nouveau nom à un vieux problème : la lente érosion de l’intimité – https://theconversation.com/le-divorce-silencieux-un-nouveau-nom-a-un-vieux-probleme-la-lente-erosion-de-lintimite-271180

The Bible says little about Jesus’ childhood – but that didn’t stop medieval Christians from enjoying tales of him as holy ‘rascal’

Source: The Conversation – USA (3) – By Mary Dzon, Associate Professor of English, University of Tennessee

An illustration from the Vernon Manuscript, from around 1400, shows the familiar motif of an ox and ass watching over the newborn Jesus. © Bodleian Libraries, University of Oxford, CC BY-NC

Manger scenes displayed around Christmastime usually feature an ox and an ass beside the infant Jesus. According to the Gospel of Luke, Mary placed her child in a manger – an animal feeding bin – “because there was no room for them in the inn.”

No mere babysitters, the ox and ass harken back to the Book of Isaiah 1:3, a verse early Christians interpreted as a prophecy of the birth of Christ. In some early artwork, these beasts of burden kneel to show their reverence – recognizing this swaddled babe, who entered the world in humble circumstances, as lordly.

The canonical Gospels, the accounts of Jesus’ life included in the Bible’s New Testament, make no mention of those animals welcoming the newborn. Yet the motif was already seen in art from the fourth century. It was further popularized by the Gospel of Pseudo-Matthew, an apocryphal text – that is, one not included in the canon of Scripture. Pseudo-Matthew was composed by an anonymous monk, probably in the seventh century, and includes many tales about Jesus growing up.

After its account of Jesus’ birth, the Bible is almost entirely silent on his childhood. Yet legends about Jesus’ early years circulated widely in the Middle Ages – the focus of my 2017 book. While the detail of the ox and ass is quite familiar to many Christians today, few are aware of the other striking tales transmitted by the apocrypha.

Wonder-worker

A painting with a gold frame and background shows a man and woman with halos talking to a child with a halo, who has his arms crossed.
‘Christ Discovered in the Temple,’ by Simone Martini (1342).
Google Cultural Institute/Walker Art Gallery via Wikimedia Commons

The Bible does include one famous scene from Jesus’ youth: the incident when 12-year-old Jesus stayed behind at the Jewish temple in Jerusalem, unbeknownst to his parents. Searching for him with great anxiety, they find him conversing with religious teachers, both asking questions and astounding them with his answers. Fourteenth-century painter Simone Martini’s “Christ Discovered in the Temple” portrays him standing before his parents with crossed arms – a stubborn youth, apparently unapologetic about making them worry for days.

The apocryphal Gospel of Pseudo-Matthew – especially versions that incorporate material from an even earlier apocryphal gospel, the Infancy Gospel of Thomas – focuses on the years of Jesus’ childhood. Like the temple story, they show the boy Jesus as sometimes difficult and having preternatural wisdom that amazes and even offends his would-be teachers. More dramatically, the apocryphal legends depict Jesus exercising divine power from a very young age.

A small, colorful illustration with a gold background shows two adults and a child with halos, looking into a cave at small blue and green dragons
A 14th-century Italian manuscript shows Jesus fending off dragons to protect his parents.
© Bodleian Libraries, University of Oxford, CC BY-NC

Like the adult Jesus of the New Testament, this apocryphal Christ child often works wonders to help others in need. According to the biblical Gospel of Matthew, Mary and Joseph take the infant Jesus to Egypt after an angel warns in a dream that Herod, King of Judea, would kill the child. In Pseudo-Matthew’s elaboration of this episode, we see Jesus, not yet 2 years old, bravely stand on his feet before dragons emanating from a cave, where his family has stopped to rest.

The terrifying dragons worship him and then depart, while Jesus boldly assures those around him that he is the “perfect man” and can “tame every kind of wild beast.” He later commands a palm tree to bend down so that a weary Mary can partake of its fruits, and he miraculously shortens their journey in the desert.

At times, the Jesus of these legends is largely to blame for the troubles around him. The 14th-century Tring Tiles, now in the British Museum, depict one of Jesus’ friends imprisoned by his father in a tower. Christ pulls him out of a tiny hole, like a gallant medieval knight rescuing a maiden in distress. The father had tried to insulate his son from Jesus’ influence – understandable, considering that many legends show Jesus causing the death of his playmates or other boys who somehow irked him.

In a story summarized by one scholar as “death for a bump,” a boy runs into Jesus. He curses the child, who instantly drops down dead – though Jesus brings him back to life after a brief reprimand from Joseph.

A dark red or brown tile has lighter etchings on it, with scenes of a man standing next to a tower that a child stands atop, and then the child exiting the tower as another figure with a halo looks on.
One section of the Tring Tiles, created in the 14th century, shows Jesus removing his friend from a tower.
© The Trustees of the British Museum, CC BY-NC-SA

In another tale, included in an Anglo-Norman narrative that survives in an illustrated manuscript, Jesus takes off his coat, places it upon a sunbeam and sits upon it. When the other children see this, they “thought they would do the same …. But they were too eager, and they all fell down at once. One and another jumped up quickly onto the sunbeam, but it turned out badly for them, since each one broke his neck.” Jesus heals the boys at his parents’ prompting.

Joseph admits to his neighbors that Jesus “was indeed too wild” and sends him away. The 7-year-old Jesus becomes apprenticed to a dyer, who gives him very precise directions about dyeing three pieces of cloth in three different vats. Once his master has left, Jesus ignores his instructions, throwing all the cloth into one vat – yet still achieves the desired outcome. When the master returns, he at first thinks he has been “ruined by this little rascal,” but then realizes that a wonder has occurred.

An illustration with a red background shows several boys in tunics playing on a large, slide-like structure.
Jesus seated on a sunbeam, while other boys attempt to do so, in a miniature from the Selden Supra 38 manuscript, created in the early 14th century.
© Bodleian Libraries, University of Oxford, CC BY-NC-SA

Bond with animals

These apocryphal legends also show the boy Jesus having power over the animal world. When he enters a dreaded lion’s cave, cubs “ran about around his feet, fawning and playing with him,” while “the older lions … stood at a distance and worshipped him, and wagged their tails before him.” Jesus tells bystanders that the beasts are better than they are, because the animals “recognize and glorify their Lord.”

Indeed, these tales characterize Jesus as a rather haughty boy, conscious of his divinity and not happy with those who treat him as a mere child. At the same time, they depict him as a real child who likes to play. The boy Jesus is childlike in the way he often acts on impulse, not paying much attention to the admonitions of his elders.

An illumination of a pack of lions looking at a young boy with a halo who is stroking a cub outside a cave.
A 14th-century manuscript, the ‘Klosterneuburger Evangelienwerk,’ shows the young Jesus playing with lions.
Schaffhausen City Library via Wikimedia Commons

His affinity for animals, too, makes him seem childlike. Strikingly, beasts in the apocrypha, beginning with the ox and ass, often seem to realize that Jesus is no ordinary child before human characters do.

The legends’ insidious insinuation that many of the Jews around Jesus were not as perceptive as the animals is part of medieval Europe’s widespread antisemitism. In one fifth-century sermon, Quodvultdeus, the bishop of Carthage, asks why the animals’ recognition of Jesus in the manger was not a sufficient sign for the Jews.

A faded manuscript illustration shows the same boy fetching water, tending a fire, and working at a table as a man and woman look on.
The 14th-century Holkham Bible picture book depicts Jesus performing chores at home (London, British Library, Additional MS 47682, fol. 18).
Courtesy British Library

In the Bible, Jesus works his first miracle as an adult, at a wedding feast in Cana. The apocryphal tales, however, toy with the idea of the God-man revealing his power early on. The legends suggest that the childishness of Christ distracted many of those around him, preventing them from concluding that he was the Messiah. This allows the apocrypha to avoid contradicting the Bible’s reference to Jesus as simply “the carpenter’s son,” the opposite of a wonder child.

Each Christmas, modern Christians in the Western world tend to celebrate Jesus’ birthday, then quickly drop the theme of the Christ child. Medieval Christians, in contrast, were fascinated by tales about the Son of God growing up. Despite acting as a dragon tamer, physician and magician, the young Jesus of the apocrypha largely flies under the radar, cloaking his divinity with “little rascal” boyishness.

The Conversation

Mary Dzon does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Bible says little about Jesus’ childhood – but that didn’t stop medieval Christians from enjoying tales of him as holy ‘rascal’ – https://theconversation.com/the-bible-says-little-about-jesus-childhood-but-that-didnt-stop-medieval-christians-from-enjoying-tales-of-him-as-holy-rascal-207475

Por qué la obesidad es, ante todo, una enfermedad del cerebro

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rosalia Rodriguez Rodriguez, Catedrática. Departamento de Ciencias Biomédicas, Universitat Internacional de Catalunya

La obesidad empieza en el cerebro y hoy sabemos que su desarrollo –y su tratamiento– no es igual en hombres y mujeres. Esta pandemia silenciosa, que avanza junto con la diabetes tipo 2 como una de sus complicaciones principales, afecta ya a más de mil millones de personas.

Mientras nuestro entorno se vuelve cada vez más obesogénico, el cerebro sigue funcionando con reglas ancestrales que dificultan mantener la pérdida de peso, incluso con fármacos tan revolucionarios como la semaglutida (Ozempic). Este cambio de mirada está transformando los tratamientos actuales y abriendo la puerta a nuevas terapias dirigidas directamente al cerebro.

Un cerebro ancestral en un entorno moderno

La obesidad y el sobrepeso suelen describirse como un exceso de grasa o un problema metabólico, pero su origen profundo reside en el sistema nervioso central, especialmente en el hipotálamo, la región que actúa como un “termostato energético”. Durante el 95 % de nuestra historia evolutiva hemos vivido en escasez: caminar, cazar y recolectar era imprescindible, y el cerebro desarrolló mecanismos muy eficaces para defender la masa grasa, porque perderla podía significar no sobrevivir.

Ese “cerebro ancestral” opera hoy en un entorno absolutamente opuesto: alimentos hipercalóricos disponibles 24 horas, sedentarismo, estrés crónico, alteraciones del sueño y dietas ultraprocesadas. El resultado es un desajuste entre nuestra biología y nuestro estilo de vida, amplificado en personas con predisposición genética. A ello se suma algo que la investigación empieza a explorar con claridad: el sistema que regula el peso no funciona igual en hombres y en mujeres.

Hipotálamo: donde empieza la obesidad

El hipotálamo integra señales hormonales (como leptina o insulina), metabólicas y sensoriales para equilibrar la energía ingerida y la gastada. Cuando perdemos peso, el cerebro interpreta la situación como una amenaza y activa potentes mecanismos de defensa: aumenta el apetito, reduce el gasto energético y refuerza una “memoria metabólica u obesogénica” que empuja a recuperar el peso previo.

Por eso, aunque la dieta y el ejercicio son esenciales para la salud y deben ser siempre la primera intervención, en muchas personas no bastan para revertir la obesidad cuando los circuitos cerebrales ya están alterados. Este punto no invalida el beneficio del estilo de vida: simplemente reconoce que, en ciertos casos, el cerebro necesita apoyo farmacológico para salir del bucle obesogénico.

Cuando el hipotálamo se inflama –por estrés, dietas hipercalóricas, falta de sueño, alteraciones hormonales o susceptibilidad genética– se altera la actividad de las neuronas que regulan el hambre y la saciedad. Algunas personas logran volver espontáneamente al peso inicial tras una sobrealimentación; otras, en cambio, muestran un “freno hipotalámico” menos eficaz y acumulan peso con más facilidad. La diferencia está en el cerebro.

Perspectiva de género: dos cerebros, dos respuestas

Las neuronas hipotalámicas AgRP (que estimulan el hambre) y POMC (que promueven la saciedad) regulan de forma precisa el comportamiento alimentario. Sin embargo, el hipotálamo no es solo un conjunto de neuronas: también incluye microglía, las células inmunitarias del cerebro, cuyo papel se ha revelado determinante.
En nuestro grupo hemos descrito tres fases de activación microglial en las primeras etapas de la sobrealimentación:

  1. Una activación temprana, rápida y reversible.

  2. Una fase inflamatoria sostenida, que altera los circuitos de saciedad.

  3. Una fase de desregulación final, en la que fallan los mecanismos que deberían limitar la ganancia de peso.

Estas fases no se comportan igual en hombres y mujeres. En modelos de roedores, las hembras muestran una respuesta neuroinmune más estable y protectora, lo que podría explicar por qué desarrollan obesidad más tarde. Este patrón recuerda a lo que se observa en mujeres premenopáusicas. Antes de la menopausia, las mujeres tienen menor riesgo de enfermedades metabólicas y cardiovasculares que los hombres, gracias al efecto protector de los estrógenos. Pero la protección disminuye en la perimenopausia y la menopausia, un periodo todavía muy poco estudiado y crítico para el riesgo cardiometabólico.

Además, en modelos animales y cultivos celulares hemos detectado alteraciones muy tempranas –en microglía, en señales lipídicas como los endocannabinoides y en la sensibilidad neuronal a la insulina– incluso antes de que aparezcan cambios visibles en tejidos periféricos. Esto sugiere que el detonante inicial de la obesidad es cerebral. Integrar esta perspectiva de género resulta esencial para avanzar hacia tratamientos más precisos y efectivos.

Nuevas terapias contra la obesidad: incretinas y nanomedicina dirigida al cerebro

El tratamiento de la obesidad ha cambiado de manera drástica desde 2021 con los agonistas del receptor GLP-1. La semaglutida y otros fármacos de la familia de las incretinas, desarrollados inicialmente para la diabetes tipo 2, demostraron una notable capacidad de reducir peso mediante acciones tanto periféricas como centrales. Sin embargo, presentan limitaciones conocidas: efectos gastrointestinales, pérdida de masa magra, recuperación del peso tras suspenderlos o respuestas variables según el perfil biológico del paciente.

Estudios recientes muestran, además, diferencias por sexo: las mujeres premenopáusicas tienden a responder mejor a estos tratamientos que los hombres.

Esto plantea un desafío: necesitamos terapias que actúen directamente sobre el cerebro, con mayor precisión y menos efectos sistémicos. Aquí es donde la nanomedicina dirigida al cerebro abre un nuevo horizonte. En nuestro grupo desarrollamos nanoplataformas (micelas poliméricas, nanopartículas proteicas o formulaciones intranasales) capaces de transportar fármacos de forma selectiva al cerebro. Estas tecnologías permiten encapsular moléculas que, administradas sin protección, serían ineficaces o tóxicas, y dirigirlas a las células que controlan el apetito y la homeostasis energética.

Estas aproximaciones podrían complementar o potenciar las incretinas, reducir efectos secundarios, mejorar la adherencia y ampliar el número de pacientes que responden. Representan una vía para tratar la obesidad desde su origen cerebral, con intervenciones más personalizadas y sostenibles.

Una nueva mirada para un viejo problema

La obesidad no es un fallo de voluntad, como está estigmatizado a nivel social, ni un problema individual. Es una enfermedad compleja con raíces profundas en un cerebro adaptado para sobrevivir en la escasez. Abordarla requiere un doble enfoque: promover estilos de vida saludables y, cuando es necesario, utilizar terapias que actúen sobre los circuitos cerebrales que regulan el peso.

Comprender cómo funciona –y cómo falla– el hipotálamo será clave para frenar la pandemia silenciosa del siglo XXI. Y es ahí, en el cerebro, donde se está librando la batalla científica más prometedora.

The Conversation

Rosalia Rodriguez Rodriguez recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades, de AGAUR-Generalitat de Catalunya (PRODUCTE, INNOVADORS), y del Centro de Investigación Biomédica en Red-Obesidad (CIBER-Obn)

ref. Por qué la obesidad es, ante todo, una enfermedad del cerebro – https://theconversation.com/por-que-la-obesidad-es-ante-todo-una-enfermedad-del-cerebro-270380

Can scientists detect life without knowing what it looks like? Research using machine learning offers a new way

Source: The Conversation – USA – By Amirali Aghazadeh, Assistant Professor of Electrical and Computer Engineering, Georgia Institute of Technology

Many carbon-rich meteorites contain ingredients commonly found in life, but no evidence of life itself. James St. John, CC BY

When NASA scientists opened the sample return canister from the OSIRIS-REx asteroid sample mission in late 2023, they found something astonishing.

Dust and rock collected from the asteroid Bennu contained many of life’s building blocks, including all five nucleobases used in DNA and RNA, 14 of the 20 amino acids found in proteins, and a rich collection of other organic molecules. These are built primarily from carbon and hydrogen, and they often form the backbone of life’s chemistry.

For decades, scientists have predicted that early asteroids may have delivered the ingredients of life to Earth, and these findings seemed like promising evidence.

Even more surprising, these amino acids from Bennu were split almost evenly between “left-handed” and “right-handed” forms. Amino acids come in two mirror-image configurations, just like our left and right hands, called chiral forms.

On Earth, almost all biology requires the left-handed versions. If scientists had found a strong left-handed excess in Bennu, it would have suggested that life’s molecular asymmetry might have been inherited directly from space. Instead, the near-equal mixture points to a different story: Life’s left-handed preference likely emerged later, through processes on Earth, rather than being pre-imprinted in the material delivered by asteroids.

Two hands with two molecules that are mirror images of each other shown over them.
A ‘chiral’ molecule is one that is not superposable with another that is its mirror image, even if you rotate it.
NASA

If space rocks can carry familiar ingredients but not the chemical “signature” that life leaves behind, then identifying the true signs of biology becomes extremely complicated.

These discoveries raise a deeper question – one that becomes more urgent as new missions target Mars, the Martian moons and the ocean worlds of our solar system: How do researchers detect life when the chemistry alone begins to look “lifelike”? If nonliving materials can produce rich, organized mixtures of organic molecules, then the traditional signs we use to recognize biology may no longer be enough.

As a computational scientist studying biological signatures, I face this challenge directly. In my astrobiology work, I ask how to determine whether a collection of molecules was formed by complex geochemistry or by extraterrestrial biology, when exploring other planets.

In a new study in the journal PNAS Nexus, my colleagues and I developed a framework called LifeTracer to help answer this question. Instead of searching for a single molecule or structure that proves the presence of biology, we attempted to classify how likely mixtures of compounds preserved in rocks and meteorites were to contain traces of life by examining the full chemical patterns they contain.

Identifying potential biosignatures

The key idea behind our framework is that life produces molecules with purpose, while nonliving chemistry does not. Cells must store energy, build membranes and transmit information. Abiotic chemistry produced by nonliving chemical processes, even when abundant, follows different rules because it is not shaped by metabolism or evolution.

Traditional biosignature approaches focus on searching for specific compounds, such as certain amino acids or lipid structures, or for chiral preferences, like left-handedness.

These signals can be powerful, but they are based entirely on the molecular patterns used by life on Earth. If we assume that alien life uses the same chemistry, we risk missing biology that is similar – but not identical – to our own, or misidentifying nonliving chemistry as a sign of life.

The Bennu results highlight this problem. The asteroid sample contained molecules familiar to life, yet nothing within it appears to have been alive.

To reduce the risk of assuming these molecules indicate life, we assembled a unique dataset of organic materials right at the dividing line between life and nonlife. We used samples from eight carbon-rich meteorites that preserve abiotic chemistry from the early solar system, as well as 10 samples of soils and sedimentary materials from Earth, containing the degraded remnants of biological molecules from past or present life. Each sample contained tens of thousands of organic molecules, many present in low abundance and many whose structures could not be fully identified.

At NASA’s Goddard Space Flight Center, our team of scientists crushed each sample, added solvent and heated it to extract the organics — this process is like brewing tea. Then, we took the “tea” containing the extracted organics and passed it through two filtering columns that separated the complex mixture of organic molecules. Then, the organics were pushed into a chamber where we bombarded them with electrons until they broke into smaller fragments.

Traditionally, chemists use these mass fragments as puzzle pieces to reconstruct each molecular structure, but having tens of thousands of compounds in each sample presented a challenge.

LifeTracer

LifeTracer is a unique approach for data analysis: It works by taking in the fragmented puzzle pieces and analyzing them to find specific patterns, rather than reconstructing each structure.

It characterizes those puzzle pieces by their mass and two other chemical properties and then organizes them into a large matrix describing the set of molecules present in each sample. It then trains a machine learning model to distinguish between the meteorites and the terrestrial materials from Earth’s surface, based on the type of molecules present in each.

One of the most common forms of machine learning is called supervised learning. It works by taking many input and output pairs as examples and learns a rule to go from input to output. Even with only 18 samples as those examples, LifeTracer performed remarkably well. It consistently separated abiotic from biotic origins.

What mattered most to LifeTracer was not the presence of a specific molecule but the overall distribution of chemical fingerprints found in each sample. Meteorite samples tended to contain more volatile compounds – they evaporate or break apart more easily – which reflected the type of chemistry most common in the cold environment of space.

A graph showing a cluster of dots representing molecules, some in red and some in blue.
This figure shows compounds identified by LifeTracer, highlighting the most predictive molecular fragments that distinguish abiotic from biotic samples. The compounds in red are linked to abiotic chemistry, while the blue compounds are linked to biotic chemistry.
Saeedi et al., 2025, CC BY-NC-ND

Some types of molecules, called polycyclic aromatic hydrocarbons, were present in both groups, but they had distinctive structural differences that the model could parse. A sulfur-containing compound, 1,2,4-trithiolane, emerged as a strong marker for abiotic samples, while terrestrial materials contained products formed through biological process.

These discoveries suggest that the contrast between life and nonlife is not defined by a single chemical clue but by how an entire suite of organic molecules is organized. By focusing on patterns rather than assumptions about which molecules life “should” use, approaches like LifeTracer open up new possibilities for evaluating samples returned from missions to Mars, its moons Phobos and Deimos, Jupiter’s moon Europa and Saturn’s moon Enceladus.

The sample return capsule, a black box, sitting on the ground after touching down.
The Bennu asteroid sample return capsule used in the OSIRIS-REx mission.
Keegan Barber/NASA via AP

Future samples will likely contain mixtures of organics from multiple sources, some biological and some not. Instead of relying only on a few familiar molecules, we can now assess whether the whole chemical landscape looks more like biology or random geochemistry.

LifeTracer is not a universal life detector. Rather, it provides a foundation for interpreting complex organic mixtures. The Bennu findings remind us that life-friendly chemistry may be widespread across the solar system, but that chemistry alone does not equal biology.

To tell the difference, scientists will need all the tools we can build — not only better spacecraft and instruments, but also smarter ways to read the stories written in the molecules they bring home.

The Conversation

Amirali Aghazadeh receives funding from Georgia Tech.

ref. Can scientists detect life without knowing what it looks like? Research using machine learning offers a new way – https://theconversation.com/can-scientists-detect-life-without-knowing-what-it-looks-like-research-using-machine-learning-offers-a-new-way-271066

A Colorado guaranteed income program could help families, but the costs are high

Source: The Conversation – USA – By Jennifer C. Greenfield, Associate Professor of Social Work, University of Denver

Guaranteed income programs have grown in popularity in the U.S. as costs of living continue to rise. Glowimages/GettyImages Plus

In Colorado, full-time workers need to earn an hourly wage of at least $36.79 to afford $2,000 in monthly rent, which is below the federal fair market rate for a Denver-area two-bedroom unit.

More than 87% of low-income Coloradans spend more than one-third of their pretax income on housing — a common benchmark for housing affordability. High costs of housing, child care and transportation in Colorado are key drivers of a statewide cost of living that is 12% above the national average.

For many Coloradans, a few hundred extra dollars a month would go a long way. Yet today, the U.S. safety net appears more tenuous than ever and is unlikely to meet all their needs.

Nationally, over the 43-day government shutdown that began on Oct. 1, 2025, 1.4 million federal workers went without paychecks. More than 150,000 jobs were cut in the U.S. private sector in October alone.

As layoffs increase, fewer people are being hired into new positions. At the same time, the federal government shutdown put families receiving federal food assistance on an emotional roller coaster as aid was promised and then pulled away.

This recent federal funding uncertainty has resurfaced the idea of state or local programs that give people money without any strings attached.

Rise of guaranteed income programs

First proposed nationally during the Nixon administration in the 1970s, guaranteed income programs have grown more popular in the U.S.

The concept got a big boost when entrepreneur Andrew Yang proposed a $1,000 monthly stipend during his bid for the Democratic Party’s presidential nomination. Yang’s proposal called for giving all Americans money to help them deal with economic problems brought on by job losses tied to automation and new technologies.

In Colorado, both Boulder and Denver have piloted guaranteed income programs. In both cases the programs were studied using rigorous randomized-control trial research designs.

We are an academic research team comprised of a social scientist with a background in economic analysis, a social work scholar who studies policy approaches to reducing health and wealth disparities, and an urban planning scholar with expertise in state and local policy.

We were contracted to provide an independent evaluation and cost assessment of administering a statewide cash assistance program for Coloradans. Our estimates include projections for population changes, such as the aging workforce, and three tiers of support: from low, $25 per month, to medium, $100 per month, to high, $500 per month.

Rolling out a state government program that gives everyone money would be expensive, so we also estimated what it would cost to introduce a program just for the lowest-income Coloradans.

What are guaranteed income programs?

Guaranteed income programs are policies that support a population by giving people money on a regular basis — regardless of their income. They’re called universal basic income programs.

More common in practice are cash dividends. Dividends offer cash assistance to a qualifying group or segment of the population, such as people below a certain income or with a qualifying disability. An example of this is Michigan’s Rx Kids Program, which provides cash assistance for pregnant people, new parents and babies.

Guaranteed income programs can be administered at the neighborhood, city or state level. Programs in Cambridge, Massachusetts; Richmond, California; and Baltimore have all shown efficacy in targeting the needs of local communities.

For example, people who were enrolled in the Rise Up Cambridge program became more likely to be employed, get enough to eat and have housing – while making more money — than those who didn’t get cash assistance.

Most cash assistance programs have succeeded. Research by GiveDirectly and the Stanford Basic Income Project likewise find that beneficiaries of cash assistance programs are more likely to get involved in their local communities.

An ‘NBC News’ segment looks at a study of a universal basic income program. The study found that most people would spend the money on essentials like food and rent.

These programs can support people who have lost their jobs or are experiencing health crises. In Colorado, a statewide guaranteed income program could help low-income Coloradans facing high housing and child care costs.

Similarly, the program could help Colorado’s growing population of older people with fixed incomes.

It could also address fears that the rise of artificial intelligence will cause job losses and result in lower wages for many workers. Columbia Business School researchers have predicted a 5% decline in how much of the country’s total economic output goes to workers’ wages due to artificial intelligence.

Program, not panacea

While guaranteed income programs can help the people who get money from them, they are complicated, expensive and hard to administer.

Administering a guaranteed income program requires massive capacity to deploy and manage. The state would have to facilitate enrollment, keep mailing addresses or bank information updated and supervise transfers for more than 5 million Coloradans every single month. Some of this data may already exist at state agencies, but no one agency has all of this information at its disposal.

For instance, only 80% of adults, roughly 3.3 million people, in Colorado filed a tax return in 2023; only 175,000 workers filed a Family and Medical Leave Insurance claim in 2024; and just about 1 million adults are enrolled in Health First Colorado, the state’s Medicaid program. Even merging data across these agencies — an effort that is underway but is just getting started — would miss some households across the state.

A large building with a gold dome on a sunny day behind a green lawn.
It would cost more than half of Colorado’s annual general fund to give $100 a month to every Coloradan as part of a statewide income program.
Jan Butchofsky/GettyImages

In a world of finite budgets, a statewide universal program would have to be smaller per person, limiting its benefits. Giving all Colorado residents $100 per month would cost more than $7 billion each year. That’s more than half of Colorado’s annual general fund. However, it would cost half as much — $3.3. billion — to provide $500 per month to the 554,000 Coloradans who are below the federal poverty line, which is $32,150 for a family of five.

Finding this money within the state budget could require cutting spending elsewhere — potentially from other state-funded programs that benefit low-income families.

Trade-offs for policymakers

If federal food assistance, including the Supplemental Nutrition Assistance Program, is disrupted again, either by more funding freezes or new changes in eligibility rules, a statewide supportive assistance program could help offset the impact.

In 2024, the average American getting SNAP benefits received $6.11 per day, or less than $200 a month. One in 10 Coloradans, 584,500 people, receive SNAP benefits.

However, a guaranteed income program might risk pushing some households’ income above the eligibility cutoff for programs like SNAP — creating unintended consequences that harm household welfare. It’s unclear whether assistance from a basic income program would count as reportable income.

Where AI-driven job loss is concerned, guaranteed income programs could smooth transitions for laid-off workers needing to upskill or move industries. However, guaranteed income programs are not likely to be sufficient in scope or generous enough to cushion workers from a potential restructuring of the labor market, which may have already begun.

Assessing public support

Given the high costs of creating a statewide guaranteed income program for Colorado, getting substantial public buy-in would be necessary.

Children stand in front of a cafeteria line of food.
In 2025, Colorado voters passed legislation to fund a free lunch program for all students regardless of family income.
Helen H. Richardson/GettyImages

Recent election results, in which voters approved a new tax to fund free school meals for all students, suggest that Coloradans can support programs that help the most vulnerable families.

A recent privately funded poll in Colorado, which was informed by our evaluation’s estimates, found that 56% of voters would support a monthly $500 payment for all new parents, people experiencing homelessness, and low-income households. The poll found that Coloradans were less likely to support a program providing a smaller stipend to all Coloradans, regardless of their income.

Taken together, these polling results suggest that many Coloradans would support some form of need-based income assistance. However, the price of operating any statewide guaranteed income program could give them sticker shock.

Read more of our stories about Colorado.

The Conversation

Jennifer C. Greenfield was hired by Thinking Forward, LLC and the Denver Basic Income Project as a consultant to provide cost estimates and analysis of a potential cash dividend program in Colorado, as described in this article.

Kaitlyn M. Sims receives funding from the Wisconsin Department of Children and Families, the Arnold Ventures Foundation, and the Institute for Humane Studies. She was contracted by Thinking Forward, LLC, and the Denver Basic Income Project to provide a cost-benefit assessment of a statewide cash dividend for the state of Colorado.

Stefan Chavez-Norgaard was contracted by Thinking Forward, LLC, to provide a cost-benefit analysis and broad assessment of a statewide cash dividend program for the State of Colorado. He has also connected with organizations mentioned in this article, including the Denver Basic Income Project (DBIP) and the Fund 4 Guaranteed Income, supporter of the Compton Pledge.

ref. A Colorado guaranteed income program could help families, but the costs are high – https://theconversation.com/a-colorado-guaranteed-income-program-could-help-families-but-the-costs-are-high-269082