François Mitterrand, impossible héros de la gauche ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Judith Bonnin, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université Bordeaux Montaigne

François Mitterrand disparaissait il y a trente ans, le 8 janvier 1996. Premier président de gauche sous la Vᵉ République (de 1981 à 1995), il reste omniprésent dans l’imaginaire français, comme en témoignent de nombreux films ou livres qui lui sont régulièrement consacrés. Malgré d’importantes réformes (abolition de la peine de mort, retraite à 60 ans, RMI…), son legs politique est complexe à assumer à gauche, le parcours de l’homme étant entaché de zones sombres (Vichy, le colonialisme) et d’un soupçon permanent d’insincérité ou de trahison des idéaux qui l’ont porté au pouvoir (rupture avec le capitalisme). Quels sont les apports récents de la recherche à ce sujet ?


En 2016, le centenaire de la naissance de François Mitterrand et les vingt ans de sa disparition avaient donné lieu à de nombreuses commémorations et publications. Dix ans plus tard, de nouvelles recherches ont revisité l’histoire mitterrandienne en s’appuyant notamment sur des sources inédites publiées, à l’image des Lettres à Anne et du Journal pour Anne (2016), ou déposées en archives. Outre sa place croissante dans la littérature scientifique, François Mitterrand s’est aussi installé dans le paysage fictionnel français, dans le Promeneur du Champ-de-Mars (2005), les Saveurs du palais (2012), l’Inconnu de la Grande Arche (2025), dans les séries Bardot (2023) et Tapie (2023), ou, actuellement dans Mitterrand confidentiel, diffusée sur France 2. À travers ces récits, auxquels s’ajoutent des témoignages comme le documentaire écrit par sa fille Mazarine, François Mitterrand, une autre vie possible (2025) , cette figure de la politique française du second vingtième siècle peuple toujours puissamment les imaginaires de nos contemporains. Si sa biographie est désormais bien connue, son héritage, sans cesse réinterrogé, demeure marqué par une forte charge polémique et émotionnelle qui fait obstacle à une héroïsation partisane.

En effet, dans le panthéon de la gauche socialiste, on compte Jean Jaurès (1859-1914), Léon Blum (1872-1950), et, de manière moins évidente, François Mitterrand. Jean Jaurès est célébré comme le grand pacifiste internationaliste, le socialiste républicain, le défenseur des ouvriers de Carmaux. Léon Blum, c’est le choix de l’exercice du pouvoir en démocratie, le Front populaire et ses conquêtes, le combat contre l’antisémitisme et contre Vichy. François Mitterrand est le socialiste qui a le plus longtemps exercé le pouvoir en France : quatorze ans à l’Elysée. Mais la complexité de son parcours l’empêche d’incarner le héros de gauche « idéal ». S’il a longtemps œuvré à contrôler le récit de son parcours, la fin de son dernier septennat et de sa vie est marquée par des révélations tant privées (sa maladie, sa fille cachée) que politiques – notamment la publication d’Une jeunesse française, par Pierre Péan, en 1994, qui révèle à beaucoup son passé durant la Seconde Guerre mondiale.

Trois dossiers principaux – la Seconde Guerre mondiale, la politique (néo)coloniale de la France en Afrique et le rapport au capitalisme – font, selon nous, obstacle à un rapport apaisé de la gauche à François Mitterrand.

Mitterrand et la Seconde Guerre mondiale

Le premier sujet problématique concerne les rôles que François Mitterrand joua durant la période vichyste : la photographie prise avec Pétain le 15 octobre 1942, sa décoration de la francisque en avril 1943, sa relation avec René Bousquet notamment agitent encore régulièrement la sphère éditoriale et médiatique, alors même que l’essentiel des faits est connu de longue date.

Membres du Commissariat général au reclassement des prisonniers de guerre, François Mitterrand (à droite) et Marcel Barrois (au centre) sont reçus en audience par le maréchal Pétain, le 15 octobre 1942.

Né dans la bourgeoisie charentaise en 1916, François Mitterrand s’engage, étudiant, en politique dans la droite ultraconservatrice de la ligue des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. Mobilisé en 1940, fait prisonnier, il s’évade d’Allemagne, trouve un emploi par ses réseaux familiaux dans l’administration de Vichy, adhère à la Révolution nationale sans être antisémite. Puis il entre progressivement en résistance en 1943 par patriotisme anti-allemand et bascule totalement dans la Résistance en novembre 1943. À la Libération, il s’ancre progressivement et définitivement à gauche.

Beaucoup de ces éléments étaient connus de ses contemporains. L’historienne Noëlline Castagnez a montré que, dès les années 1950, les bancs de droite de l’Assemblée nationale bruissent de l’insulte « francisque Mitterrand » et que durant la campagne présidentielle de 1965, c’est de Gaulle lui-même qui choisit de ne pas se servir de cet élément pour ne pas affaiblir le mythe de la France résistante ou la Ve République. À côté des réécritures ou « recompositions » de Mitterrand lui-même, l’histoire des oublis et (re)découvertes de son passage par Vichy est donc aussi celle des arbitrages de ses alliés et adversaires.

Le choc de la publication d’Une jeunesse française, du journaliste Pierre Péan, en 1994, sera particulièrement fort pour les jeunes socialistes, percevant leur parti comme un rempart homogène contre l’extrême droite depuis les années 1930, élevés dans le mythe résistancialiste selon le terme d’Henry Rousso, et découvrant progressivement, comme l’opinion, l’existence de « vichysto-résistants ».

Ce passé mitterrandien est toujours entouré d’un halo sulfureux, car certains y voient le « péché originel » d’un homme dont le parcours militant est perçu comme insincère, structuré seulement par son ambition.

Mitterrand et le colonialisme

Le rôle de François Mitterrand dans la politique coloniale puis néocoloniale française est un deuxième obstacle mémoriel majeur à la pleine revendication de son héritage à gauche. Cet aspect de sa vie politique a, en effet, fait l’objet d’une percée historiographique et éditoriale dans les années 2024-2025 (avec les travaux d’Anne-Laure Ollivier et Frédéric Turpin, de Thomas Deltombe, de Pascal Blanchard et Nicolas Bancel). Si, à l’issue de ces travaux, de réelles nouveautés ont été mises en lumière, à l’image d’un récit de voyage en Afrique subsaharienne tenu par Mitterrand entre janvier et février 1950, et que nous avons édité, l’essentiel était connu pour qui s’intéressait à la question.




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François Mitterrand avait notamment été ministre de la France d’outre-mer en 1950 et ministre de l’intérieur en 1954, c’est à ce titre qu’il déclare que « l’Algérie, c’est la France », formule alors plutôt consensuelle parmi les forces de gouvernement (et non slogan des ultras de l’Algérie française), puis garde des Sceaux en 1956-1957. Sa dureté à ce poste a notamment été mise en lumière par Benjamin Stora et François Malye en 2010.

L’actualité éditoriale mitterrandienne à ce sujet s’explique par la vivacité des questions mémorielles postcoloniales et par les avancées historiennes sur le rôle la France en Afrique, et notamment la remise en 2021 du rapport de la Commission Duclert sur « La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994) ». Ministre colonial de 1950, leader d’un parti anticolonial en 1971, président du discours tiers-mondiste dit de Cancún en 1981 et chef d’État en responsabilité au moment du génocide des Tutsis en 1994 : le parcours de François Mitterrand peut être réduit par des militants déçus ou par des opposants à celui d’un homme fondamentalement de droite passé de colonial à néocolonial.

Les historiens, eux, tentent de contextualiser chacune de ces séquences et en soulignent les continuités de manière plus fine : en 1950, dans un monde politique où la décolonisation est une option très marginale, même à gauche, Mitterrand est un colonial réformiste et progressiste. Comme nous l’avons montré en 1971, il endosse assez peu le programme tiers-mondiste du PS, porté par des experts issus de la gauche chrétienne qui n’ont jamais totalement eu son attention. Ses grilles de lecture et alliances forgées à l’époque coloniale perdurent alors discrètement, sans que ce soit un sujet pour la majorité de l’électorat de gauche : le rapport des candidats au passé colonial français ne fut pas un enjeu de la campagne présidentielle de 1981.

Mitterrand et le capitalisme

Un troisième dossier nourrit négativement son bilan et alimente à gauche son procès en traîtrise : c’est celui de l’absence de rupture avec le capitalisme. C’est en effet sur cette idée forte, centrale dans la doctrine socialiste, qu’il conquiert la tête du PS, proclamant à la tribune du congrès d’Épinay en 1971 : « Celui qui n’accepte pas la rupture […] avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

Or à cette promesse, qui contribue à l’union de la gauche (1972-1977) et porte l’espoir et le vote de beaucoup à gauche en mai 1981, répond l’annonce très dramatisée du « tournant de la rigueur », le 21 mars 1983. À cette date, le franc est dévalué pour la troisième fois par les socialistes et maintenu dans le système monétaire européen (SME). Ce choix mitterrandien est vécu par certains comme celui de la raison et de l’Europe. Pour d’autres, il signe, par-delà le refus d’une « autre politique » monétaire, la fin du volontarisme social et économique socialiste, le triomphe « des marchés » et celui de l’Europe libérale. L’adoption du traité de Maastricht par référendum à une courte majorité, en septembre 1992, en dépit du fort engagement personnel de François Mitterrand, confirme cette prééminence européenne et libérale du cap présidentiel pour les déçus de 1983. Si la réalité économique et la chronologie de ce « tournant » ont été relativisées par les historiens, à l’instar de Frédéric Bozo qui dans un ouvrage récent revient sur cette « névrose nationale », ce moment reste particulièrement douloureux dans l’histoire de la gauche.

Si le bilan mitterrandien existe, par-delà 1983, (on songe par exemple à la création du revenu minimum d’insertion en 1988), le traumatisme ressenti à l’annonce du « tournant » introduit de fait une fracture qui sépare, d’une part, les grandes mesures de 1981-1982 (on citera pêle-mêle l’abolition de la peine de mort, les nationalisations, la 5ᵉ semaine de congés payés, la semaine de 39 heures, la décentralisation, la retraite à 60 ans, la réforme de l’audiovisuel, les lois Auroux) et, d’autre part, la rigueur, les cohabitations et un second septennat plus marquant sur le plan diplomatique qu’intérieur. À un temps « socialiste » s’opposerait ainsi un temps plus « gaullo-mitterrandiste », qui l’éloigne de la filiation de Jaurès et de Blum.

Le troisième président préféré des Français

En 2026, la peur du retour au pouvoir de l’extrême droite, la polarisation par celle-ci du débat public sur les questions postcoloniales, migratoires et identitaires, l’aggravation continue des crises économiques, politiques, européennes sont des enjeux face auxquels l’héritage mitterrandien ne semble pas le plus univoque et efficace pour la gauche et les socialistes contemporains. La dynamique d’« union de la gauche » qui a porté Mitterrand au pouvoir, au détriment de ses partenaires, n’offre pas non plus de modèle réactivable, au contraire du plus lointain et aussi plus fantasmé « front populaire ».

En 2021, un sondage Ifop classait François Mitterrand troisième président de la République préféré des Français. En tête du classement, de Gaulle, héros national et seul président à avoir fondé une famille politique se revendiquant de manière pérenne de son héritage. En second, le gaulliste Jacques Chirac, qu’une vague de nostalgie avait érigé dès les années 2010 en icône « swag » (stylé, cool), et dont la disparition en 2019 avait suscité une forte émotion. François Mitterrand arrivait cependant largement en tête parmi les sympathisants de gauche.

À l’image de la panthéonisation en 2025 de Robert Badinter, son ami et ministre, qui consacre une part de l’héritage socialiste et humaniste de 1981, on peut ainsi supposer que la mémoire militante, comme la mémoire nationale, continuera à exercer sur le bilan mitterrandien ce « droit d’inventaire » – revendiqué par Lionel Jospin dès 1995 et par François Hollande en 2009 – en sélectionnant ce qui peut, aujourd’hui encore, être rassembleur.


Judith Bonnin est l’autrice, avec Pierre-Emmanuel Guigo, de Mitterrand, à paraître le 13 janvier 2026 aux PUF_.

The Conversation

Judith Bonnin est experte pour la Fondation Jean-Jaurès, qui a financé la publication de sa thèse. Elle est membre du conseil scientifique de l’Institut François Mitterrand.

ref. François Mitterrand, impossible héros de la gauche ? – https://theconversation.com/francois-mitterrand-impossible-heros-de-la-gauche-272710

La « défense avancée » d’Israël au Proche-Orient

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lina Kennouche, Chercheuse associée au CREAT, Université de Lorraine

En dépit des accords de cessez-le-feu conclus avec le Liban et à Gaza, et des discussions en cours avec la Syrie sur les contours d’un accord de sécurité, Israël poursuit une politique dite de « défense avancée » qui fait peu de cas de la souveraineté de ses voisins. Au nom de l’impératif de la sanctuarisation de son territoire, Tel-Aviv continue de redéfinir les frontières, d’étendre sa profondeur stratégique et d’asseoir son contrôle sur son voisinage. Cette politique se heurte toutefois de plus en plus aux intérêts de puissances régionales, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite.


Depuis deux ans, l’accumulation de succès tactiques conduit Tel-Aviv à opter pour une politique impériale qui se poursuit en dépit des différents processus de négociations en cours. Au Liban, à Gaza, en Syrie, cette politique ne va pas sans susciter de tensions avec les grands acteurs de la région.

Détruire le Hezbollah… ou détruire le Liban ?

Au Liban, la guerre d’attrition visant à détruire les capacités militaires du Hezbollah – organisation libanaise alliée de l’Iran – et à décapiter sa chaîne de commandement a abouti à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

Le dossier libanais est perçu par Israël comme le point de départ de la stratégie de restructuration du Moyen-Orient. Bien que le texte de l’accord ne prévoie que la cessation des hostilités et le retrait des forces militaires du Hezbollah et de ses armes du sud de la rivière Litani en échange d’un retrait israélien des cinq positions stratégiques qu’il occupe au Sud-Liban, la lettre complémentaire (side letter) adressée par Washington à Tel-Aviv donne un blanc-seing à la partie israélienne pour « répondre aux menaces » et « agir à tout moment contre les violations commises dans le sud du Liban ». En d’autres termes, les garanties offertes par les États-Unis permettent à Israël de mener des actions militaires préemptives sans être inquiété pour cela.

Entre novembre 2024 et novembre 2025, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a recensé plus de dix mille violations du cessez-le-feu par Israël. La partie israélienne considère que l’engagement diplomatique avec l’État libanais demeure distinct de ses attaques militaires contre le Hezbollah, qu’elle qualifie de groupe terroriste. De surcroît, l’État libanais, qui n’a cessé d’appeler, sans succès, à l’action de la communauté internationale pour faire cesser les attaques quasi quotidiennes contre sa souveraineté et son intégrité territoriale, s’est vu imposer, sous la pression de Washington, un calendrier pour désarmer le Hezbollah, au risque de mettre en péril la stabilité interne, dans un contexte marqué par une grande fragilité de ses institutions.

Ainsi, l’armée libanaise est censée avoir achevé le démantèlement de toutes les infrastructures du Hezbollah et le désarmement total du groupe dans de zone située au sud du Litani, à environ 30 km de la frontière avec Israël ; mais la partie israélienne réclame désormais la mise en application de la phase deux, à savoir la restauration du monopole exclusif de l’État sur les armes. Toutefois, comme le rappellent les universitaires Joseph Daher, Sami Zoughaib et Sami Atallah dans une publication du 20 novembre dernier :

« […] La véritable souveraineté se transmet rarement par une simple signature. Elle repose sur trois fondements interdépendants : un monopole crédible de la force par l’État, des institutions fonctionnelles et solvables, et une légitimité suffisamment large pour lier les communautés à l’État. Le Liban manque de ces trois éléments. Au contraire, la coercition extérieure dicte la politique, transformant l’État d’acteur souverain en instrument. »

La Syrie dans le viseur

En Syrie, tout en poursuivant les négociations autour d’un accord de sécurité, Israël mène des actions qui fragilisent l’État syrien et favorisent la fragmentation du territoire.

Au lendemain de la chute du régime d’Assad – événement dans lequel Israël se félicite d’avoir joué un rôle majeur grâce à sa guerre d’attrition visant à affaiblir les groupes pro-iraniens –, l’aviation israélienne a conduit des frappes préemptives massives, estimant avoir détruit de 70 % à 80 % des capacités militaires syriennes. Entre décembre 2024 et juillet 2025, plus de 800 attaques aériennes israéliennes contre la Syrie auraient été dénombrées.

À ce jour, l’intransigeance israélienne en matière d’exigences sécuritaires continue de faire obstacle à la conclusion d’un accord avec la Syrie. Tel-Aviv, qui a élargi son occupation au Golan en s’emparant de 600 kilomètres carrés sur le territoire syrien, en violation de l’accord de désengagement de 1974, réclame le droit d’intervenir militairement dans le sud syrien et de conduire des frappes sous le prétexte de préserver sa sécurité et sa stabilité.

Le projet d’accord de sécurité, qui reporte la question de la restitution du Golan (occupé par Israël depuis 1967), comporte d’autres exigences drastiques comme l’élargissement de la zone tampon de deux kilomètres côté Syrie et la mise en place d’une zone démilitarisée dans le Sud, qui constitueraient un précédent dangereux. En dépit de sa volonté plusieurs fois réitérée de conclure un accord de sécurité pour apaiser les tensions avec Israël, le président syrien Ahmed al-Charaa se montre réticent à l’idée d’une zone tampon qui transformerait la région en un espace de danger « aux conséquences inconnues ».

Israël dispose déjà d’une totale liberté d’action en Syrie comme l’illustre parfaitement sa gestion de la province de Quneitra, où les habitants font face à des incursions quotidiennes, à des contrôles et arrestations arbitraires, à la confiscation de leurs logements et de leurs biens, sans que l’armée syrienne ne les protège.

Tout en adoptant une posture maximaliste dans les négociations, Israël cherche à exploiter les minorités druze et kurde comme vecteur de déstabilisation, renouant ainsi avec la stratégie de l’expert du ministère israélien des affaires étrangères Oded Yinon développée dans les années 1980. Yinon considérait le monde arabe comme un maillon faible de l’ordre international. Les États étaient « un château de cartes temporaire » construit par la France et le Royaume-Uni dans les années 1920, qui ont divisé arbitrairement la région en dix-neuf États, « tous composés de combinaisons de minorités et de groupes ethniques hostiles les uns aux autres ». Dès lors, selon lui, ces États étant artificiels, il convient de les démembrer et de recomposer des entités sur des bases confessionnelles.

Cette approche est prégnante chez certains membres du gouvernement Nétanyahou. L’actuel ministre des affaires étrangères Gideon Saar a co-écrit en octobre 2015 avec un colonel de l’armée israélienne un article intitulé « Farewell to Syria » dans lequel il affirmait :

« Toute stratégie élaborée dans le but de mettre fin à la guerre civile en Syrie et de façonner son avenir doit partir d’un postulat clair : la Syrie, effondrée et divisée, ne peut être reconstituée. Il est donc nécessaire de se concentrer sur l’identification d’alternatives pratiques à l’État syrien. […] Un règlement coordonné et ordonné visant à séparer les forces entre la majorité sunnite et les minorités vivant sur le sol syrien […] offre le meilleur potentiel de stabilité. […] Tout accord de paix en Syrie doit reposer sur la garantie de l’existence de ces communautés au sein d’entités étatiques qui leur sont propres. »

Aussitôt après sa nomination à la tête de la diplomatie israélienne, Gideon Saar a annoncé qu’Israël devait se tourner vers les Kurdes, les Druzes et les autres minorités en Syrie et au Liban. Israël a, d’un côté, cherché à instrumentaliser la question druze, comme on l’a vu lors des affrontements intercommunautaires de mai dernier quand les Israéliens, en invoquant la défense des minorités, ont lancé une vague de bombardements massifs en Syrie et continuent de se présenter comme les protecteurs de cette communauté.




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D’un autre côté, la partie israélienne a tenté de renforcer ses liens avec les Forces démocratiques syriennes (dominées par les Kurdes de la branche syrienne du PKK), engagées dans un processus d’unification pour placer les institutions civiles et militaires du nord-est de la Syrie (Rojava), sous le contrôle de l’État.

Après une interview accordée début décembre 2025 au Jerusalem Post par le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, des révélations du Washington Post ont fait état des liens qu’entretiendraient les FDS avec Israël. Selon le quotidien américain, « des personnalités druzes liées aux services de sécurité israéliens ont acheminé des fonds vers des militants druzes à Soueïda via les FDS quelques mois avant la chute du régime d’Assad ».

Bien que les FDS démentent ces accusations – également nourries par différentes déclarations de Mazloum Abdi (« Si Israël peut empêcher les attaques contre nous et mettre fin au massacre de notre peuple, nous nous en réjouissons et nous lui en sommes reconnaissants ») –, les révélations du Washington Post renforcent l’argument de la Turquie selon lequel les FDS seraient inféodées à Israël, ce qui implique que leur intégration dans l’État syrien doit nécessairement entraîner leur désarmement et la dissolution de leur commandement.

Le mécontentement de la Turquie…

Depuis plusieurs mois, les actions israéliennes en Syrie heurtent les intérêts de la Turquie et suscitent des tensions croissantes avec Ankara. En effet, la Turquie, qui est l’un des principaux parrains d’Ahmed al-Charaa et qui a largement œuvré à sa normalisation, souhaite stabiliser un pays sur lequel elle entend exercer une forte influence.

L’accumulation des tensions a conduit Ankara à déployer des radars turcs à l’intérieur du territoire syrien, ce qui entraverait la liberté d’action d’Israël. La Turquie envisagerait également d’installer une base militaire.

De son côté, Israël a renforcé son partenariat sécuritaire et énergétique avec la Grèce et avec Chypre, opposées à la Turquie sur la question du zonage maritime en Méditerranée orientale. Dans un contexte où Athènes et Nicosie voient en Tel-Aviv un contrepoids aux ambitions de la Turquie, une hypothétique convergence entre Ankara et Téhéran pourrait se dessiner dans les semaines à venir.

Enfin, un autre signe supplémentaire de l’exacerbation des contradictions entre Israël et la Turquie est perceptible dans le refus israélien d’une participation turque à une « force de stabilisation internationale » à Gaza prévue dans le cadre du plan Trump pour la paix publié le 29 septembre 2025.

Ce plan ne constituerait, pour reprendre les termes d’une analyse récente publiée par le média Orient XXI, qu’une étape supplémentaire dans la réalisation du projet hégémonique israélien au Moyen-Orient « en rendant notamment obsolètes les frontières traditionnelles et en garantissant à Israël une liberté de mouvement pour frapper qui il veut, quand il veut et où il veut […] ». Il comporte plusieurs objectifs comme « exploiter davantage les fonds du Golfe pour financer le Conseil de la paix qui serait présidé par Donald Trump et préparer le plan de développement économique de Trump pour Gaza ; […] l’élimination de toute forme de résistance dans les territoires occupés ; la liquidation de la cause palestinienne et le déplacement forcé de la population ; […] normaliser la présence d’Israël dans la région et ses relations avec tous les pays arabes, en particulier l’Arabie saoudite ».

En offrant les mêmes garanties à Israël que dans le cadre libanais, les Américains consacreraient sa liberté d’action sur le territoire gazaoui aux côtés de la force de stabilisation internationale et lui permettraient donc de continuer à contrôler Gaza en évitant le coût d’une occupation permanente.

Par ailleurs, les États-Unis – qui superviseraient le Conseil de la paix et seraient donc en charge de la surveillance du comité de gouvernance temporaire de Gaza et du développement de la bande en coopération avec les pays du Golfe pour financer les projets et maintenir l’illusion d’une légitimité politique – pourraient également tenter, par ce biais, de renforcer les relations entre Israël et l’Arabie saoudite tout en enterrant la question palestinienne.

… et de l’Arabie saoudite

Toutefois, ce dernier pari ne tient pas compte de la déconnexion croissante des intérêts entre Tel-Aviv et Riyad. L’Arabie saoudite ne souscrit pas à l’approche israélienne de la « défense avancée » sous-tendue par une stratégie de restructuration du Moyen-Orient. Elle voit dans l’usage de sa supériorité militaire une menace pour ses propres intérêts et sa politique souveraine. Durant la guerre des douze jours contre l’Iran, Riyad s’est distanciée des actions israéliennes et s’est vigoureusement opposée à l’utilisation de son territoire et de son espace aérien par l’aviation américaine et israélienne pour frapper l’Iran.

Par ailleurs, en Syrie, elle converge avec la Turquie dans sa volonté de stabiliser le pays et veut exorciser le risque d’un effondrement qui sèmerait le chaos dans la région. Sur ce point, l’administration Trump est sur la même ligne que la Turquie et l’Arabie saoudite, tout en cherchant à offrir les meilleures garanties de sécurité possible à Israël, qui demeure étroitement tributaire de l’assistance financière, militaire des États-Unis, ainsi que de leur soutien diplomatique.

Terminons par ce constat du journaliste et écrivain américain Roger Cohen dans un article du New York Times le 30 novembre dernier après un séjour en Israël et au Liban : « Je n’ai trouvé que peu de signes indiquant que la puissance israélienne, telle qu’elle est actuellement déployée, permettra d’assurer un avenir plus pacifique à long terme pour Israël et la région. »

The Conversation

Lina Kennouche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La « défense avancée » d’Israël au Proche-Orient – https://theconversation.com/la-defense-avancee-disrael-au-proche-orient-272629

Une « hypermédiatisation » de Trump au Canada ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérick Bastien, Professeur titulaire, Université de Montréal

On s’interroge de plus en plus sur l’espace accordé au président des États-Unis Donald Trump dans les médias au Québec et au Canada. Dans une chronique à l’émission radiophonique Tout un matin le 26 septembre dernier, l’ancienne ministre Véronique Hivon exprimait d’ailleurs ses inquiétudes concernant le temps et les ressources accordés à la couverture de la politique américaine. Ses propos ont ensuite suscité le débat sur plusieurs tribunes médiatiques.

Dans la foulée, il est apparu que l’intérêt porté par la presse à la politique américaine excède possiblement la demande du public québécois et canadien, comme le suggèrent des données récemment publiées par les politologues Karine Prémont et Jean-François Daoust dans Options politiques.

Certains participants à ce débat ont dévoilé quelques données comparatives sur « le poids » de Donald Trump et de Mark Carney dans les médias canadiens. Toutefois, il nous paraît important de situer la couverture actuelle de la presse dans une perspective plus longue, par exemple en comparant la avec la première présidence de Donald Trump, ou avec celle plus récente de Joe Biden. Nous avons donc procédé à une brève analyse pour répondre à la question suivante : dans quelle mesure Trump est-il présent dans les médias canadiens ? Elle apporte des éléments de preuve à la thèse selon laquelle Trump est « hypermédiatisé » au Canada.

Coup d’œil méthodologique

Nous avons mobilisé une méthodologie quantitative en réalisant une recension de mots-clés à travers la banque de données « Eureka », à partir de l’abonnement de l’Université de Sherbrooke. Celui-ci donne accès aux contenus de la presse écrite et d’autres médias canadiens qui publient sur le Web, en français et en anglais.

Dans un premier temps, nous avons considéré la période de six mois suivant immédiatement l’élection de Mark Carney à titre de premier ministre du Canada, soit du 28 avril au 28 octobre 2025. Puis, à rebours, nous avons pris en compte la même période de six mois pour les années où ni le président américain ni le premier ministre canadien ne se trouvaient formellement en campagne électorale.

Chaque fois, nous avons relevé le nombre d’articles répertoriés par Eureka contenant les mots-clés « Joe Biden », « Mark Carney », « Justin Trudeau » ou « Donald Trump », selon les dirigeants en place.




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Des résultats (presque) sans ambiguïté

Les résultats obtenus sur Eureka démontrent de façon claire et sans équivoque une véritable domination de Donald Trump sur le plan de la présence médiatique au Canada, particulièrement lorsque l’on combine les sources francophones et anglophones.

Comme on le constate au tableau 1 (section A), on relève dans les médias en anglais et en français d’avril à octobre 2025 un peu plus de 155 000 textes pour « Mark Carney » alors que la référence à « Donald Trump » revient dans plus de 548 000 articles. C’est 3,5 fois plus de textes que ceux contenant le nom du premier ministre canadien.

Cette forte médiatisation n’est pas une première : on observait plus de quatre fois plus de textes contenant « Donald Trump » que « Justin Trudeau » durant la même période en 2017 et 2018. En revanche, en 2022 et 2023, la référence au président américain alors en poste « Joe Biden » apparaissait dans plus de textes que « Justin Trudeau », mais dans de moins grandes proportions (près de 1,9 fois en 2022 et 1,5 fois en 2023).

Du côté des sources exclusivement francophones (voir section B dans le tableau 1), Donald Trump demeure visiblement plus médiatisé que les premiers ministres Trudeau et Carney, mais dans des proportions plus faibles (1,4 fois plus en 2017, 1,5 fois plus en 2018 et 1,8 fois plus en 2025).




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Si les références à Donald Trump sont moins importantes, elles restent considérables lorsqu’on les compare à celles de Joe Biden. De fait, pour les années 2022 et 2023, c’est Justin Trudeau qui obtient le plus grand nombre d’occurrences (1,5 fois plus en 2022 et 2,1 fois plus en 2023). Un constat qui remet en perspective la présence de la présidence américaine, celle de Joe Biden en particulier, dans les médias francophones canadiens.

De toute évidence, un facteur « Donald Trump » joue un rôle dans le fait que, dans l’espace médiatique francophone au Canada, on traite davantage du président des États-Unis. Ainsi, contrairement à ce que l’on observe pour Joe Biden, les références à Trump dépassent celles accordées au premier ministre alors en fonction, Justin Trudeau.


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Comment interpréter ces résultats ?

Mais alors, comment interpréter cette domination en termes de références à Donald Trump dans l’espace médiatique canadien ? Pourquoi, tant pour les médias francophones qu’anglophones au pays, les mentions au 47e président des États-Unis sont-elles plus nombreuses que celles des premiers ministres Trudeau et Carney ?

Nous proposons deux explications à cette situation.

La première est d’origine politique : on peut penser que les médias estiment qu’il importe d’accorder une plus grande attention à la présidence actuelle parce qu’elle pose des défis exceptionnels, par exemple les politiques sur les tarifs douaniers, les menaces d’annexion du Canada et, plus largement, les efforts qui tendent vers le déploiement d’un régime politique plus autoritaire.

La seconde est d’origine médiatique : par sa forte personnalisation du pouvoir et son recours fréquent à des procédés de dramatisation ou de spectacularisation, la présidence de Donald Trump répond très bien à certains critères de sélection de la nouvelle qui ont moins à voir avec la logique politique elle-même.

Dans un cas comme dans l’autre, il y a lieu de s’interroger sur les mérites et les inconvénients de cette « hypermédiatisation » de Donald Trump qui a bel et bien lieu dans notre espace public.

La Conversation Canada

Frédérick Bastien a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada et du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC).

Emmanuel Choquette a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC) et de la Défense nationale canadienne (Programme de subventions de coopération ciblées)

ref. Une « hypermédiatisation » de Trump au Canada ? – https://theconversation.com/une-hypermediatisation-de-trump-au-canada-270608

On ne peut inverser le processus de vieillissement, mais voici 5 gestes qui aident à vivre plus longtemps

Source: The Conversation – in French – By Hassan Vally, Associate Professor, Epidemiology, Deakin University

Rawpixel.com/Shutterstock

À cette période de l’année, beaucoup de gens prennent la résolution de s’occuper davantage de leur santé. Il n’est donc pas surprenant que les produits censés prolonger la vie, améliorer la santé et rajeunir l’apparence connaissent un grand succès.

On estime que la longévité est déterminée à 25 % par les gènes, et que le reste dépend des habitudes quotidiennes.

Il n’existe pas de solution miracle ni de raccourci pour vivre plus longtemps et en meilleure santé, mais la science énonce clairement des principes clés. Voici cinq choses que vous pouvez faire pour prolonger votre espérance de vie et améliorer votre santé.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


1. Manger principalement des aliments d’origine végétale

L’alimentation a une incidence considérable sur la santé. Il est largement prouvé qu’un régime riche en aliments d’origine végétale est bénéfique pour la santé et permet de vivre plus longtemps.

En consommant davantage d’aliments d’origine végétale et moins de viande, de produits transformés, de sucre et de sel, on diminue le risque de contracter certaines maladies qui réduisent l’espérance de vie, comme les troubles cardiaques et le cancer.

Délicieux plateau de service méditerranéen
Le régime méditerranéen est un des modes d’alimentation les plus sains et les plus étudiés.
Louis Hansel/Unsplash

Les aliments d’origine végétale sont riches en nutriments, en composés phytochimiques, en antioxydants et en fibres. Ils possèdent également des propriétés anti-inflammatoires. Toutes ces caractéristiques protègent nos cellules des dommages liés au vieillissement et contribuent ainsi à prévenir les maladies.




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Il n’existe pas de régime alimentaire qui convienne à tout le monde, mais l’un des plus étudiés et des plus sains est le régime méditerranéen. Inspiré des habitudes alimentaires des populations vivant dans les pays bordant la mer Méditerranée, il accorde une place importante aux légumes, aux fruits, aux céréales complètes, aux légumineuses, aux noix et aux graines, au poisson et aux fruits de mer, ainsi qu’à l’huile d’olive.

2. Viser un poids santé

Une autre mesure importante pour être en bonne santé consiste à maintenir un poids santé, car l’obésité augmente le risque de souffrir de divers problèmes de santé qui réduisent l’espérance de vie.

L’obésité met à rude épreuve tous les systèmes du corps et provoque de nombreux effets physiologiques, comme des inflammations et des troubles hormonaux. Ces problèmes augmentent le risque de développer diverses maladies, telles que les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, l’hypertension artérielle, le diabète et plusieurs types de cancer.




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Outre ses effets physiques, l’obésité est également associée à une mauvaise santé mentale. Elle peut notamment causer de la dépression, une faible estime de soi et du stress.

L’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés dans les pays développés est le fait de vivre dans un environnement qui favorise l’obésité. La publicité omniprésente et la facilité d’accès à des aliments riches en calories que notre corps est programmé pour désirer font en sorte qu’il est facile de consommer trop de calories.

3. Faire de l’exercice

Chacun sait que l’exercice physique est bénéfique pour la santé. La résolution la plus courante est de faire davantage d’exercice et d’améliorer sa condition physique. Une activité physique régulière permet de prévenir les maladies chroniques, de réduire le stress et de renforcer la santé mentale.




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Si l’exercice physique aide à contrôler son poids et à réduire son taux de graisse corporelle, ses effets sont plus larges et comprennent une utilisation accrue du glucose (sucre dans le sang), une diminution de la pression artérielle, une réduction de l’inflammation ainsi qu’une amélioration de la circulation sanguine et de la fonction cardiaque.

Une femme aux cheveux gris en train de faire du yoga
Pratiquez un type d’exercice que vous aimez.
(Kelly Newton/Unsplash)

Il est facile de se laisser emporter par l’engouement pour différentes stratégies de mise en forme, mais les études montrent que tout ce qui permet d’intégrer une activité physique à son quotidien est bénéfique pour la santé. Plutôt que de courir des marathons ou de passer des heures au gym, il est préférable de bouger au quotidien de toutes les manières possibles et de pratiquer des activités qui nous plaisent.

4. Ne pas fumer

Pour améliorer sa santé et vivre plus longtemps, on doit éviter de fumer ou de vapoter.

La cigarette affecte presque tous les organes du corps, réduit l’espérance de vie et diminue la qualité de vie. Il n’existe pas de niveau de tabagisme sans danger : chaque cigarette augmente le risque de développer des cancers, des maladies cardiaques ou du diabète.


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Peu importe le nombre d’années passées à fumer et l’âge d’une personne, arrêter de fumer apporte des bienfaits pour la santé presque instatanément et permet d’inverser bon nombre des effets néfastes de la cigarette.

Si vous envisagez de passer à la cigarette électronique comme option à long terme, réfléchissez-y à deux fois. Les effets à long terme de la cigarette électronique sur la santé ne sont pas entièrement connus et elle présente ses propres risques pour la santé.

5. Privilégier les relations sociales

Des hommes âgés jouent aux échecs en plein air
Les amitiés et la socialisation sont importantes.
(Vlad Sargu/Unsplash)

Lorsqu’il est question de vivre plus longtemps et en meilleure santé, on a tendance à se concentrer sur le corps. Mais l’une des découvertes les plus importantes de la dernière décennie est la compréhension de l’influence de la santé spirituelle et psychologique.

Les personnes seules et socialement isolées présentent un risque de mortalité prématurée beaucoup plus élevé et sont plus susceptibles de souffrir de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de démence ainsi que d’anxiété et de dépression.




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Bien que nous n’en saisissions pas encore tous les mécanismes, ce phénomène résulterait de facteurs tant comportementaux que biologiques. Si les personnes ayant un bon réseau social sont plus enclines à adopter des comportements sains, la solitude semble également avoir un effet physiologique direct sur l’organisme.

Pour être en meilleure santé et vivre plus longtemps, nous devrions développer et entretenir des relations sociales.

La Conversation Canada

Hassan Vally ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. On ne peut inverser le processus de vieillissement, mais voici 5 gestes qui aident à vivre plus longtemps – https://theconversation.com/on-ne-peut-inverser-le-processus-de-vieillissement-mais-voici-5-gestes-qui-aident-a-vivre-plus-longtemps-262171

Risks young chimps take as they swing through the trees underscore role of protective parenting in humans

Source: The Conversation – USA – By Laura M. MacLatchy, Professor of Anthropology, University of Michigan

Infant chimpanzees are out of mom’s reach the majority of the time they descend from the trees. Kevin Lee/Ngogo Chimpanzee Project and Arizona State University

Adolescents are known for risky behavior, with teenagers in the U.S. more likely than younger children to die from injury. But what’s responsible for this uptick in risk-taking around puberty?

Our new observations of physical risk-taking in chimpanzees suggests that the rise in risk-taking in human adolescence isn’t due to a new yen for danger. Rather, a decrease in supervision gives teens more opportunities to take risks.

We study locomotion in chimpanzees, one of humans’ closest relatives. It’s difficult to study physical risk-taking in people because it is not ethical to put anyone in danger. Chimpanzees are good alternative study subjects, since wild chimps of all ages need to move through the trees, often at great heights.

young chimp hangs from an overhead branch in the tree canopy
Infant chimpanzees can look determined to try risky moves.
Kevin Lee/Ngogo Chimpanzee Project and Arizona State University

While working with us, Bryce Murray, an undergraduate student at the University of Michigan, noticed that some of the movements that chimpanzees perform in the trees are more dangerous than others.

Typically, chimpanzees climb or swing while keeping a secure grip on branches. However, they also leap across gaps and sometimes let go of a branch entirely, dropping down to another branch or the ground. Unfortunately, they don’t always nail the landing. Years of observations in the wild have shown that falls are a major source of injury and even death among chimpanzees.

After watching these behaviors in chimpanzees, Bryce began to wonder whether their physical risk-taking follows the same patterns we see in humans. Do chimpanzees start taking more risks – like leaping and dropping from branches – once they enter puberty? Since there is evidence that human males take more risks than females, although this varies across cultures, we also wondered whether male chimpanzees are bigger risk-takers than females.

Young chimpanzee daredevils

Our study group consisted of over 100 wild chimpanzees ranging from 2 to 65 years old from Ngogo, Kibale National Park, Uganda.

We found that chimpanzees engaged in their most daring locomotion during later infancy (ages 2-5), with rates of leaping and dropping steadily declining as they aged. Compared with adults (over 15 years), older infants were three times more likely to perform risky behaviors. Juveniles (ages 5-10) were 2.5 times more likely, and adolescents (ages 10-15) were twice as likely. Infants younger than age 2 spend most of their time clinging to their moms, so we didn’t include them in our study.

A young daredevil chimpanzee drops from a branch at Fongoli, Senegal.

Thus, adolescence does not represent a peak in risk-taking for chimps, but rather a point within a gradual age-related decline. Additionally, there were no significant sex differences in risk-taking at any age, consistent with our prior work showing that male and female chimpanzees do not differ much in how they move through the trees.

Our findings fit with past lab studies that focus on gambling risks rather than physical ones. Experimenters ask chimpanzees to choose between safe and risky options – say, a box that is guaranteed to contain an OK snack, like peanuts, versus a mystery box that may have either a highly desirable treat, such as a banana, or a boring option, like cucumber. Chimpanzees are more likely to choose the sure bet – the peanuts – as they age. A similar pattern occurs in people, becoming more risk averse with age.

In both contexts, in the trees and in the lab, chimpanzees did not show a peak in risk-taking when they reach puberty.

Implications for human risk-taking

Chimpanzee mothers cannot effectively restrict their offsprings’ behavior beyond the age of 2. By that age, infants cling less frequently to their mothers and are no longer in consistent contact. In our observations of leaping and dropping, 82% of the infants were out of arm’s reach of their mother.

An infant is chased by his mother at the Ngogo Chimpanzee Project in Kibale National Park, Uganda.

In contrast, human children are tracked with care by their parents and what social scientists call “alloparents”: other adult caregivers such as grandparents and older children, especially siblings. Although approaches to parenting vary a lot worldwide, across cultures children are consistently supervised and restrictions loosen as they become adolescents.

We hypothesize that if parents and other caregivers watched children less closely, younger kids would take more physical risks even before they become teenagers. Our study of chimpanzees thus helps us understand how supervision may shape physical risk-taking in people.

What still isn’t known

It’s important to consider other factors that may influence chimpanzees’ taking fewer physical risks as they mature. For example, this pattern may reflect a need for adults to be more careful. Even though younger primates break bones from falls more often, adults are heavier and have less flexible bones, so injuries from falls are usually more deadly.

Studying chimpanzees offers insight into the roles that both evolution and culture play in human development.

Balancing parental supervision with children’s need for play is tricky. Although concerns about injuries in children are valid, minor injuries may be a normal part of development. Play during childhood, when bones are more resilient, may let kids practice risky behaviors more safely. Some anthropologists argue for increasing children’s access to thrill-seeking play – including the old-fashioned monkey bars – as a way to help them develop motor skills and skeletal strength.

The Conversation

Laura M. MacLatchy receives funding from the Leakey Foundation, the National Science Foundation, the University of Michigan.

Lauren Sarringhaus receives funding from the National Science Foundation, the Leakey Foundation, and James Madison University.

ref. Risks young chimps take as they swing through the trees underscore role of protective parenting in humans – https://theconversation.com/risks-young-chimps-take-as-they-swing-through-the-trees-underscore-role-of-protective-parenting-in-humans-272787

Chute de Maduro : « Trump a pris un pari sans précédent et très risqué », dit un historien

Source: The Conversation – in French – By Jacob Blanc, Professeur agrégé d’histoire et des études du développement international, McGill University

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les forces armées américaines ont mené une opération militaire afin de capturer puis exfiltrer le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme, transportés de Caracas à New York. Ils sont accusés de narcoterrorisme, de complot, de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.

Donald Trump a annoncé que les États-Unis « dirigeraient » temporairement le Venezuela, jusqu’à une « transition sûre, appropriée et judicieuse ».




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Ce n’est pas d’hier que les États-Unis souhaitent la fin du régime Maduro. Dès le premier mandat de Trump, en mars 2020, Nicolas Maduro est inculpé par la justice américaine pour narcoterrorisme et trafic de cocaïne. Une prime de 15 millions de dollars américains est promise pour son arrestation. La pression s’est cependant accentuée depuis plusieurs mois par des manœuvres tant militaires que diplomatiques.

Ce n’est pas d’hier non plus que les États-Unis interviennent militairement en Amérique latine, comme on l’a vu à Grenade et au Panama, en 1983, ou au Honduras, en 1988. Mais une intervention de cette ampleur dans un grand pays d’Amérique du Sud est sans précédent, comme l’explique Jacob Blanc, spécialiste de l’Amérique latine, professeur au département d’histoire de l’Université McGill.


La Conversation Canada : Est-ce que l’intervention américaine à Caracas vous a surpris ?

Jacob Blanc : Oui, quand même, surtout en raison de son caractère audacieux. Il y a une longue histoire d’interventions américaines en Amérique latine, mais dans les pays plus importants, ça s’est généralement passé de manière plus subtile. Les États-Unis appuyaient les changements de régime perçus comme pro-communistes ou anti-américains. Mais là, une intervention militaire en pleine nuit, au palais présidentiel, et l’enlèvement du dirigeant d’un pays moderne, c’est inusité. En plus, Trump ne touche pas au système politique, il laisse le régime en place, la vice-présidente Delcy Rodriguez étant devenue présidente par intérim. C’est sans précédent.

Quel genre de relations les États-Unis entretenaient-ils avec le Venezuela ?

J.B. : Le Venezuela a une importance particulière pour les Américains, car c’est le pays où s’est déroulé un des premiers mouvements d’indépendance contre les Espagnols. C’est là que les guerres coloniales ont pris racine, avec les idées du [chef militaire et polique] Simón Bolívar, soit celle d’un hémisphère sud-américain unifié, solidaire, avec la création d’une confédération. Ça n’a pas eu de succès, mais le Venezuela a été à l’avant-scène de ce mouvement. Puis, il y a eu la découverte du pétrole au XXe siècle dans plusieurs pays au nord de l’Amérique du Sud, dont le Venezuela (avec les plus importantes réserves au monde) mais aussi la Colombie. L’économie en a profité, mais ça a aussi créé des problèmes régionaux.

La région a pris de l’importance pour les Américains, particulièrement dans les années 1990, avec l’instabilité au Moyen-Orient. Avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez, [président de 1999 jusqu’à sa mort], et de ses idées de gauche, les relations se sont refroidies. Chavez est devenu la bête noire des Américains, qui l’accusaient notamment de corruption. Il y a eu l’instauration d’un embargo pétrolier dès 2019. Le secteur pétrolier s’est beaucoup affaibli par la suite. Sous Hugo Chavez, il était déjà au ralenti, en raison notamment de la corruption. Et ça prendra des années et énormément d’argent avant que le secteur pétrolier soit remis sur les rails par les Américains… qui ont eux-mêmes créé en partie le problème avec l’embargo.

LCC : Comment les autres pays sud-américains interprètent-ils cette intervention ?

J.B. : Ça dépend de leur idéologie. Le Brésil, le Mexique et la Colombie, plus à gauche, ont dénoncé cette intervention, mais l’Argentine et le Chili l’ont soutenue. À mon avis, cela va accentuer l’éloignement des deux idéologies en présence en Amérique du Sud, mais cette situation n’est pas tant nouvelle. Pour Cuba, la menace est réelle. Mais une intervention américaine sur l’île serait purement idéologique, le pays n’a presque rien à offrir. Ça serait pour Trump un trophée à exhiber.

LCC : La rhétorique guerrière de Trump contre la Colombie est quand même surprenante, le pays étant une démocratie. Comment l’interpréter ?

J.B. : Oui, ça m’étonne un peu. Mais en même temps, c’est logique : la justification officielle pour l’intervention contre le Venezuela, c’est la drogue qui entre illégalement aux États-Unis. Mais le Venezuela est un petit joueur. Au contraire de la Colombie, qui est un très gros exportateur. Alors si la justification est vraie, ça sera encore plus facile de faire la même chose en Colombie…

LCC : Quel message envoie Trump au reste du monde ?

J.B. : Les actions de Trump rappellent ce que fait Poutine en Ukraine, et à ce que pourrait faire Xi Jinping à Taïwan ou dans d’autres pays voisins. Cela met en péril les règles internationales que les nations se sont données après la Seconde Guerre mondiale. Elles ont mis en place un système, faible, certes, mais un système quand même pour éviter les guerres.

LCC : Quelle est la suite pour le Venezuela ?

J.B. : Tout va dépendre du type d’administration que Trump va soutenir. Pour l’instant, il ne change pas le régime ni le système, et dit vouloir gérer à distance, avec différents incitatifs. Je crois que l’administration Trump se croise les doigts en espérant que la nouvelle présidence n’implose pas, en raison des factions internes. On peut s’attendre à des luttes intestines au sein du pouvoir actuel, ainsi qu’avec l’armée.

Plusieurs veulent le pouvoir. Donald Trump, lui, veut le beurre et l’argent du beurre : faire passer l’opération pour une victoire sans risque ni coût, c’est-à-dire sans l’envoi de soldats susceptibles d’y perdre la vie. Mais rien n’est moins certain. Et si le chaos s’étend dans la région, en Colombie notamment, ça sera la faute de Trump. Il a pris un pari très, très risqué.

La Conversation Canada

Jacob Blanc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Chute de Maduro : « Trump a pris un pari sans précédent et très risqué », dit un historien – https://theconversation.com/chute-de-maduro-trump-a-pris-un-pari-sans-precedent-et-tres-risque-dit-un-historien-272862

Land reform in South Africa: how new landholders could prosper from wildlife and not just farming

Source: The Conversation – Africa – By Hayley Clements, Senior Researcher, African Wildlife Economy Institute and Centre for Sustainability Transitions, Stellenbosch University

South Africa has a thriving wildlife economy – enterprises like trophy and meat hunting, ecotourism, live wildlife sales and game meat production.

Over the past few decades private (predominantly white) farmers have converted millions of hectares once reserved for livestock into game ranches. These enterprises generate profits and jobs while maintaining natural vegetation and conserving indigenous large mammals.

Government policy considers the sector key to integrating conservation with rural development. The national 2024 strategy is to grow “sustainable and inclusive eco-tourism-based businesses by 10%” every year.

It is also projected that the GDP contribution of game meat will increase from US$4.6 billion (2020) to US$27.6 billion by 2036. The overarching aim is to:

  • grow the wildlife economy to include more black landholders and communities

  • expand the amount of land that is conserved “from 20 million ha (hectares) to 34 million ha by 2040”.

In South Africa, land uses based on wildlife could address the twin land reform objectives of economic development and empowerment, while also conserving biodiversity.

Land reform is central to the country’s strategy to rectify historical inequities in land access. Beneficiaries of reform include black individuals, families and communities.

Yet little is known about how land reform beneficiaries – who often begin with fewer resources – might realistically participate in the wildlife economy.

We are conservation and wildlife economy researchers with a focus on South Africa’s inclusive conservation agenda. In a recent paper, we explored whether land reform beneficiaries were engaging in the wildlife economy, and what might hold them back or help them.

Knowing more about this would be useful for policymakers.

We found that new landholders were not yet participating meaningfully in the wildlife economy. With focused government help and investment they could benefit from the land through mixed livestock–wildlife enterprises that align with their experience and resources. In this way, South Africa could promote inclusive economic development while safeguarding its wildlife.

The study

Since 1994, the Department of Land Reform and Rural Development has pursued a constitutional mandate of land restitution, land tenure reform and land redistribution. The intention is to redress the historical injustices of apartheid and promote equitable access to land and livelihoods. Many redistributed farms fall within areas of high biodiversity value that are well-suited to wildlife-based enterprises.

In South Africa’s Eastern Cape province, for instance, herds of kudu and springbok are a common sight on hillsides. The land that they roam is no longer managed by white farmers only, but also by black farmers, enabled in part by the country’s land reform programme.

During our study in Addo-Amathole Biodiversity Economy Node we interviewed 19 land reform beneficiaries. It is one of the government’s focal areas in the Eastern Cape for promoting the wildlife economy. It also overlaps with one of the “mega living landscapes” in South African National Parks’ new Vision 2040. The farms in our study cover nearly 50,000ha. They represent two-thirds of the land reform beneficiaries in the province who aspire to be part of the wildlife economy.

To date, land reform programmes in rural South Africa have focused strongly on agriculture. In the Addo-Amathole region, this means livestock farming.

Interviews were conducted in English and isiXhosa and covered wildlife and livestock numbers, revenue streams, infrastructure, business planning, employment, skills and barriers to market access.

We set out to understand how the characteristics of land reform farms align with existing wildlife ranches, what types of infrastructure and investment they would need to grow, and where their strengths already lie. These 19 properties were compared with 74 established wildlife ranches in the region.

The findings

One of the most striking findings is that land reform farms in this region hold a lot of ecological value. Most of the land overlaps with critical biodiversity areas.

Yet only 42% of the farms earned any income from wildlife. On average it contributed less than 5% of total income. Almost all income still came from livestock, despite all of the beneficiaries’ business plans being focused on wildlife enterprises.

The greatest barrier was the lack of basic infrastructure needed to participate legally and commercially in wildlife markets.

Only six farms out of 19 had any perimeter game fencing. Water systems, vehicles and access to game meat processing facilities were very limited. Accommodation for visitors was scarce, with about two-thirds of farms lacking suitable facilities.

Another important finding was that almost all of the land reform beneficiaries’ business plans (submitted to government in their application for land) emphasised specialised trophy hunting or high-end ecotourism enterprises.

These enterprises require hundreds of millions of rands in infrastructure, charismatic wildlife such as rhinos and lions, skilled staff and access to specialised markets.

However, the size and current wildlife densities on land reform farms closely resemble mixed livestock–wildlife ranches. These focus on a mix of trophy and meat hunting, game meat sales and domestic tourism, alongside more traditional livestock farming.

Mixed ranches require far less initial investment and align more closely with the skills many emerging farmers already have. As seen in the COVID-19 pandemic, diversified wildlife ranches can also be more resilient.

What should happen

South Africa’s wildlife economy could become more inclusive if land reform farms were supported to adopt realistic business models in stages. It’s not realistic to copy the high-capital enterprises of some established ranches.

This starts with growing mixed livestock-wildlife enterprises that match existing knowledge and allow farmers to build experience and capital.

The first investment should not be animals, but infrastructure – notably perimeter fencing, water systems and modest visitor accommodation. Then wildlife numbers should be boosted, using existing programmes such as South African National Parks’ innovative game loan and donation programme.

Landscape partnerships like conservancies – where landowners cooperate to manage their land for environmental and economic sustainability – are an option.

National and regional government entities responsible for agriculture, land reform or the environment need to work together.

Joint initiatives could also allow for private investment via the government’s Biodiversity Sector Investment Platform. The platform aims to connect investors with investment opportunities in the sector.

Meanwhile, established ranchers and private operators can mentor emerging wildlife ranchers and help them access markets. Beneficiaries could build on their existing livestock experience while gradually expanding into wildlife activities that match their capacities and resources.

Inclusive wildlife economies could connect economic opportunity, land justice and biodiversity conservation in ways that advance South Africa’s transformation and development goals.

But this will only happen if support is grounded on evidence from research.

Naledi Mneno co-authored the research on which this article is based.

The Conversation

Hayley Clements receives funding from Agence Française de Développement, Oppenheimer Generations Research and Conservation, the Benjamin Raymond Oppenheimer Trust, Jamma Communities and Conservation, and Kone Foundation

Alta De Vos has received funding from gence Française de Développement, the National Research Foundation, Google, the National Institute for the Humanities and Social Sciences, the Global Resilience Partnership, and the Australian Research Council.

Matthew Child and Siviwe Shwababa do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Land reform in South Africa: how new landholders could prosper from wildlife and not just farming – https://theconversation.com/land-reform-in-south-africa-how-new-landholders-could-prosper-from-wildlife-and-not-just-farming-270986

A Namib desert beetle runs to stay cool: how scientists solved the puzzle of this unique and speedy species

Source: The Conversation – Africa – By Duncan Mitchell, Honorary Professorial Research Fellow, University of the Witwatersrand

The Namib desert of south-western Africa can be extremely hot – the surface temperature can be over 50°C. But a surprising number of around 200 beetle species live on its bare, inhospitable-looking sand dunes.

Scientists studying them were perplexed by the astonishing behaviour of one of the beetle species – a darkling beetle, Onymacris plana.

Like most desert darkling beetles, it is black – a colour that absorbs heat. And it has a flattened body, a big surface area exposed to heat. Scientists didn’t expect to find it active on the sand surface in the dangerous heat of the day. But it sprints in the sun, sometimes pausing in the shade of a desert shrub.

In fact, it’s the fastest of all the invertebrates of the Namib desert sands. This tiny beetle can run as fast as a human can walk.

When humans and other animals run, the fuel burning in our muscles produces heat. The faster we run, the more oxygen we use and the hotter we get.

But not so these beetles.

In an astonishing discovery, we established that the beetle in fact gets cooler when it exercises. This is the first land animal to have been found with this capability (and the first research of its type on a pedestrian animal).

Their cooling system enables them to move around to find their wind-blown food before it’s covered by sand. And they can be active when other animals (predators and competitors) are not. Finally, males can spend more time looking for mates. So we believe they are adapted to move in the sun because it’s good for survival.

The hunt

In the early 1980s, entomologist Sue Nicolson and her co-workers from various universities and research institutes went out on the dunes in the hot sun to measure the temperature of the beetles. They used a thermometer in a fine hypodermic needle to measure each beetle’s temperature without harming it. The needle went into the beetle’s thorax, from underneath. They looked for beetles that had just finished a sprint and others that had rested for the same time in the shade of a shrub. The beetles that had finished a sprint were no hotter than those that stayed in the shade.

In the 1980s, comparative physiologist George Bartholomew and his co-workers from various universities measured how much oxygen the beetles used while running on a treadmill. Running fast took hardly any more oxygen than running slowly. So, running faster would not make the beetles much hotter.

So, we knew how hot the beetles were after a sprint (not very hot), and how much oxygen they used while running (not much). But what no-one had done was to measure the temperature of the beetles while they were running.

We’re a team of scientists who work on how animals’ bodies cope with heat. Much of our desert research is done in the Namib Desert. We wanted to know how the beetles achieved something that looked impossible physiologically: run in the Namib sun.

We attached a fine thermocouple thermometer fed through the end of a fishing pole.

One of our team followed the beetle while it was running in the sun, keeping the weight and drag of the thermometer off it. But the beetles did not get hotter when they ran – they got cooler.

Run like the wind

We calculated what should have happened to the temperature of the beetle. Because it was black, we could estimate how much of the sun’s radiation it would have absorbed. The Namib’s sun is so intense that the radiation falling on a tabletop would boil a kettle.

We measured how far the beetles had run and in what time, so we knew their speed. We could calculate how much heat they were generating in their muscles. Adding the sun’s heating to the heat coming from the muscles, we calculated that, in the hottest Namib sun, the beetles’ temperature should have risen by 5°C per minute. That should have killed them.

The Namib desert’s sand can be burningly hot but its air, blowing in off the Atlantic Ocean, is cool. Running generates a wind over the body. We concluded that the heat from the sun and from the muscles must be carried away by that cool wind.

The males have an especially flattened body shaped like the wing of an aircraft so that they almost float, clear of the hot sand.

We needed to confirm that what we had observed on the sand dune did not conflict with what engineers know about heat transfer (moving thermal heat from one object to another). So, we took beetles into the laboratory. We put them under a lamp which heated them as much as the sun would have done.

Then we blew cool air over them from the front at the speed at which they would have run. So, we mimicked the cool wind they would have felt when they were running on the dune. Switching on the fan dropped the temperature of the beetles by as much as 13°C.

Our laboratory experiments confirmed that the wind generated by running could carry away all the heat that the beetles absorbed from the desert sun. But to survive on the dunes, they had to run. Standing still in the sun in windless conditions would have meant death by overheating.

So evolution has delivered an animal that is cooled by running. This is unique for a pedestrian animal so far, though we think that some desert ants may also be able to do it. Many aquatic animals do cool by swimming and some insects cool by flying.

Carole S. Roberts, Mary Seely, Liz McClain and Victoria Goodall of the Gobabeb Namib Research Institute, Walvis Bay, Namibia, contributed to this research and article.

The Conversation

Duncan Mitchell has received funding from South African National Research Foundation, South African Medical Research Council, Oppenheimer Memorial Trust, Australian Research Council.

ref. A Namib desert beetle runs to stay cool: how scientists solved the puzzle of this unique and speedy species – https://theconversation.com/a-namib-desert-beetle-runs-to-stay-cool-how-scientists-solved-the-puzzle-of-this-unique-and-speedy-species-269433

Measures of academic value overlook African scholars who make a local impact – study

Source: The Conversation – Africa – By Eutychus Ngotho Gichuru, PhD Candidate in Educational Management, Makerere University

Marek Studzinski, Unsplash

Academics today, around the world, are confined by the way their research output is measured. Indicators that count the number of times their work is cited by other academics, and the relative prestige of journals that publish their papers, determine everything: from career development to research funding.

What does this international system mean for African scholars like ourselves? Our work has found that metrics for measuring excellence are instead acting as a disadvantage for academics who seek to generate knowledge relevant for their communities.

The higher the traditional indicators like citation counts and impact factors are for African scholars, the lower their score for local relevance and community impact. The globally accepted metrics punish what matters most, while blocking African scholars’ career progress.

Our findings show that there’s a need for a philosophical and practical alternative to the existing system. Ngotho’s work towards a PhD in educational management offers one: an assessment framework built on the African ethical principle of ubuntu – “a person is a person through others”. The PhD work suggests a practical, quantifiable assessment tool to create an ubuntu score for academic output.

Taking an academic’s measure

The doctoral study first looked at the evaluation mechanisms being used across all African Research Universities Alliance member universities.

It found that the indicators used as the basis for academic assessment across the globe appear objective in design, but they are not. They foster a deep bias against African scholarship.

  1. The h-index measures both publication productivity and citation impact. This inherently disadvantages collaborative scholarship, particularly community-based work, which is essential for social transformation. Our research indicates that 73% of faculty who are engaged in participatory research have h-indices that fail to reflect their true impact. The index has other flaws: it can be artificially inflated through self-citations, and its value changes depending on which database calculates it.

  2. Journal impact factors favour journals from the global north. Western Europe and North America dominate academic publishing, contributing 74% of indexed public health journals. Africa represents just 2%. This forces scholars to bypass excellent regional journals that their peers and policymakers actually read. In effect, it silences locally important conversations.

  3. Citation counts reinforce negative tendencies against African scholarship in fields like public health and agricultural development. The constant pressure for high publication counts values quantity over quality. According to the PhD research, 61% of African faculty report excessive pressure to publish, leaving insufficient time for the deep contextual analysis that our communities need.

  4. Even altmetrics, designed to track broader societal impact, are calibrated for global north social media ecosystems. They typically ignore how knowledge is transmitted in African contexts, for example through community radio programmes, speaking and local workshops. This means promotion committees, focused on social media mentions and blog citations, overlook how African academics actually engage with their communities.

Many African scholars suffer from geographical bias before their work is even read. As the study contends, abstracts have even been rejected if reviewers have low regard for the authors’ institution or country of origin.

Ubuntu: an African alternative

The PhD thesis research provides a philosophical and practical alternative to this dysfunctional system. It’s an assessment framework founded on the African ethical principle of ubuntu, “I am because we are”, which means that any individual’s identity is fundamentally connected to collective wellbeing.

An “ubuntu score” allows for traditional measurement, complemented or surpassed by a collaborative impact quotient. It measures co-creation of knowledge with communities, interdisciplinary teamwork, custodian partnerships, and similar cooperative efforts in forming indigenous knowledge. Ubuntu metrics invert assessment from individual prestige to collective wellbeing, placing value on:

  • analytics addressing African developmental challenges

  • scholarship published in African languages

  • research disseminated in regionally relevant venues like the African press.

From theory to practice: early successes

Preliminary trials carried out in Addis Ababa University in Ethiopia and the University of Nairobi in Kenya revealed that 68% of faculty disadvantaged by the traditional journal impact factor rated highly on the ubuntu-based evaluation, which measured their contribution to society.

Pilot stakeholder panels were conducted at the University of Pretoria (South Africa) and echoed this finding. High-impact scholars who were overlooked by promotion committees wedded to citation counts were identified by community residents. Their excellence, embedded and serving their communities, was erased by conventional metrics.

This is in line with the growing realisation that African universities must shift from being research institutions to innovation engines.

The issue is far bigger than just creating new measures; it involves an entire transformation of academia’s culture.

Ranking systems should come from the African universities themselves. Encouraging citations of relevant articles from one’s region could build up the presence and influence of African publications.

Beyond alternative metrics, a total recomposition of academic values is what ubuntu-style assessment buys into. It does not ask “How visible is this scholar to the world?” but “How has this scholar’s work strengthened their community?” It measures not citations in far-away journals but solutions in local contexts.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Measures of academic value overlook African scholars who make a local impact – study – https://theconversation.com/measures-of-academic-value-overlook-african-scholars-who-make-a-local-impact-study-269201

Le Groenland, le Danemark et l’UE au défi de l’ordre trumpien : la doctrine Monroe en marche

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cécile Pelaudeix, est chercheuse associée en sciences politiques à Pacte Sciences Po Grenoble-UGA, Université Grenoble Alpes (UGA)

Alors que l’attaque sur le Venezuela vient de confirmer la détermination des États-Unis à user de la force pour contrôler l’ensemble du continent américain, au détriment du droit international, l’avenir du Groenland, également dans la ligne de mire de Washington, requiert une attention accrue de la part de l’Europe.


« L’attaque contre le Venezuela est l’exemple effrayant d’un scénario où la politique de puissance prend le dessus. Nous ne savons pas encore ce qui se passe et où nous allons. Mais nous devrons tous réfléchir à notre vision du monde et prendre position. » Ce message posté sur LinkedIn (en danois) par la ministre groenlandaise de l’économie, du commerce, des minéraux et de la justice Najaa Nathanielsen traduit bien l’inquiétude qui règne à Nuuk, et qui s’est encore amplifiée depuis les événements du 3 janvier 2026 à Caracas. De son côté, la première ministre danoise Mette Frederiksen s’est alarmée :

« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors c’est la fin de tout. »

Les menaces états-uniennes sur le Groenland, exprimées dès le retour au pouvoir de Donald Trump il y a un an, se sont nettement intensifiées au cours de ces dernières semaines, notamment avec la nomination, le 22 décembre 2025, d’un « envoyé spécial pour le Groenland » en la personne du gouverneur de Louisiane Jeff Landry. Celui-ci décrit ouvertement sa mission comme étant l’annexion du Groenland aux États-Unis (« make Greenland a part of the U.S. »).

La nomination témoigne, sans surprise, de la ténacité du président états-unien en ce qui concerne son projet d’annexion du territoire danois. L’accent mis par Donald Trump et par Jeff Landry sur l’histoire de la Louisiane, vendue par la France en 1803 aux États-Unis, dont elle représentait alors plus de 22 % de la surface, reflète – là aussi sans surprise – la logique transactionnelle de la politique promue par l’administration Trump, une logique de marché qui s’immisce sans complexe dans le domaine de la sécurité internationale.

Mais le Groenland est-il réellement, pour les États-Unis, une affaire de « sécurité nationale et internationale » qui justifierait son annexion ? Et si non, quelles sont les ambitions réelles de Washington ?

Créer la division entre le Groenland et le Danemark

Coutumier des fausses allégations, Donald Trump conteste de nouveau la souveraineté danoise sur le Groenland : « [Il y a trois cents ans], nous aussi étions là, avec des bateaux, j’en suis sûr. » Or la souveraineté danoise sur le Groenland ne fait aucun doute. Elle a été statuée par la Cour permanente de justice internationale en 1931 et officiellement reconnue par les États-Unis en 1951. Aucun changement sur le statut de l’île ne peut se faire sans l’accord du Danemark, conformément à l’accord de 2009 entre le Danemark et le Groenland sur l’autonomie du territoire groenlandais.

Lorsque, le 7 janvier 2025, Mette Frederiksen répond à la proposition américaine d’achat du Groenland que l’avenir de l’île appartient aux Groenlandais, la réponse ménage le Groenland mais elle est incomplète. Le Groenland est toujours danois, et un vote du Parlement danois, le Folketing, est notamment requis pour une éventuelle accession à l’indépendance. Donald Trump joue à dessein de l’histoire coloniale entre le Danemark et le Groenland pour écarter un acteur clé de la situation – qui plus est, État membre de l’Union européenne.

De même, il est faux de prétendre que le gouvernement danois n’a engagé aucune dépense pour la défense du Groenland, comme le Trump l’affirme. Certes, jusqu’à récemment, la participation danoise était modeste (présence du Joint Arctic Command à Nuuk, de patrouilleurs et frégates et de la patrouille en traîneau à chiens Sirius couvrant la côte nord du Groenland). « Nous pouvons faire plus dans le cadre qui existe aujourd’hui », assurait en 2025 le ministre danois des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen. Deux programmes de défense ont été approuvés en 2025 par le Danemark pour un montant total avoisinant 6 milliards d’euros, et Copenhague a également approuvé une commande de 16 avions de combat américains F35 : la bonne volonté danoise ne suffit pas visiblement à calmer les ardeurs conquérantes de Washington.

La guerre de récits engagée par les États-Unis en soutien du projet d’annexion du Groenland n’est pas anodine. Elle cherche à ancrer dans les esprits le doute sur la légitimité de la souveraineté du Danemark et, en jouant sur son passé colonial, à créer la division entre le Groenland et le Danemark. Un autre aspect du discours de Washington est la surestimation de la menace militaire russe et chinoise au Groenland.

Des risques surdimensionnés pour justifier l’annexion du Groenland

Sur le plan de la sécurité, Donald Trump a, à plusieurs reprises, mentionné la présence de navires militaires russes et chinois autour du Groenland. Il s’agit d’une contre-vérité : les navires en question ont été repérés au large des côtes de l’Alaska.

La projection de puissance de la marine russe dans la zone d’étranglement GIUK (zone maritime entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni) est problématique et motive notamment les opérations Northern Viking de l’Otan. Elle est également redoutée au Groenland en ce qui concerne les infrastructures critiques (notamment les câbles sous-marins de télécommunications). Les risques en matière de sécurité ne sont donc pas nuls, d’autant que la Chine renforce sa puissance militaire dans le monde et, notamment, sa capacité en porte-avions.

Pour autant, s’il est important d’exercer un contrôle du territoire groenlandais, il n’y a pas de risque militaire significatif immédiat pour le Groenland qui justifierait son annexion par les États-Unis. Le risque est volontairement exagéré par Donald Trump afin de légitimer l’appropriation du Groenland, à laquelle le Groenland et le Danemark s’opposent.

Au-delà de la rhétorique et des fausses allégations, répétées à l’envi, les menaces de Washington sont à prendre au sérieux, car elles s’accompagnent de mesures concrètes et plus discrètes.

Dans leur rapport annuel de 2025, les services de renseignement danois ont, pour la première fois, fait état d’inquiétudes concernant les États-Unis. Le Danemark, historiquement l’un des plus atlantistes des pays européens, prend ses distances avec Washington.

Un expansionnisme au service d’intérêts bien pensés

En réalité, l’administration Trump est moins concernée par les questions de sécurité (même s’il s’agit de son argument officiel) que par un expansionnisme réactivant la doctrine Monroe, qui revendique un contrôle américain exclusif de l’« hémisphère occidental ». La nouvelle stratégie nationale de sécurité des États-Unis remet clairement au goût du jour cette doctrine (« Nous appliquerons un “corollaire Trump” à la doctrine Monroe », y est-il indiqué).

Cet expansionnisme de circonstance à l’approche des élections de mi-mandat promet de frapper fort. Annexer le Groenland est sans doute plus flatteur pour les ambitions du locataire de la Maison Blanche que renforcer des partenariats de défense pour des besoins non avérés, d’autant qu’il a clairement affirmé que les Européens devraient, dans le futur, assurer leur sécurité eux-mêmes.

Or, si la stratégie nationale de sécurité de 2025 peut très bien être « la plus longue note de suicide de l’histoire des États-Unis », pour reprendre les termes de l’historienne Anne Applebaum, elle n’en représente pas moins un danger immédiat pour l’Europe où, dans un renversement surréel, la démocratie et le supranationalisme sont non seulement décrits par l’administration Trump comme des menaces, mais plus encore comme des périls plus dangereux que les régimes autoritaires de la Russie ou de la Chine.

Contrairement aux affirmations de Trump, qui prétend que les États-Unis ne sont pas intéressés par les richesses minérales de l’île (« Nous avons tellement de sites pour les minéraux, le pétrole et tout le reste »), les investissements américains se développent au Groenland. Ronald Lauder, l’héritier milliardaire d’Estée Lauder qui aurait été le premier à avoir suggéré à Donald Trump l’idée d’« acheter » le Groenland, a pris des participations dans des entreprises groenlandaises et a manifesté son intérêt pour la construction d’une centrale hydroélectrique sur le plus grand lac du Groenland, Tasersiaq, afin d’alimenter en énergie une fonderie d’aluminium.

Des responsables de l’administration Trump seraient en pourparlers pour que le gouvernement états-unien prenne une participation dans l’entreprise américaine privée Critical Metals Corp, qui détient l’un des plus grands projets d’exploitation de terres rares au Groenland, Tanbreez. Cette opération donnerait aux États-Unis un accès direct à l’extraction de terres rares au Groenland, alors que la Chine détient le quasi-monopole mondial de leur extraction et raffinement.

Enfin, des rétorsions économiques visant des industries danoises ont déjà été mises en place : des contrats pour cinq projets éoliens offshore sur la côte est des États-Unis ont été suspendus, dont deux sont développés par la société danoise Ørsted.

Une réponse groenlandaise, danoise et européenne

Il est donc urgent d’adopter des mesures groenlandaises, danoises mais aussi européennes. Le premier ministre du Groenland Jens-Frederik Nielsen a clairement exprimé à Strasbourg, le 8 octobre 2025 devant le Parlement européen, son ouverture à une coopération plus approfondie avec l’UE :

« Nous avons besoin de coopération et de partenariats avec des pays et des institutions qui partagent nos valeurs. »

Le 6 janvier 2026, dans un message posté sur son compte Facebook, il remercie plusieurs États européens de leur soutien face aux menaces de Washington : les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne, mais aussi du Royaume-Uni, ont déclaré qu’« il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland », et que « la sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, en coopération avec les alliés de l’Otan, y compris les États-Unis. »

Trois points sont donc saillants. Premièrement, sur le plan narratif, l’affirmation de la souveraineté du Danemark sur le Groenland ne se fait pas au détriment de l’autodétermination du peuple groenlandais, mais elle protège pour l’instant le Groenland d’une OPA américaine sur un territoire qui a bien, selon le droit danois, et en conformité avec le droit international, la capacité de décider de son futur selon les termes de l’accord d’autonomie de 2009.

Deuxièmement, sur le plan économique, une interdépendance trop forte avec les États-Unis peut déboucher sur une vulnérabilité politique et mettre en péril la démocratie au Groenland. Les Groenlandais ont déjà adopté des mesures claires de protection : le Parlement (Inatsisartut) a notamment voté en urgence en février 2025 une loi sur le financement des partis politiques, qui interdit les dons étrangers ou anonymes aux partis et aux candidats, et qui plafonne les contributions privées à l’échelle locale. Le Parlement examine en ce moment un projet de loi sur le filtrage des investissements directs étrangers visant à permettre aux autorités d’examiner, d’approuver, de conditionner ou de bloquer les investissements étrangers susceptibles de constituer une menace pour la sécurité nationale ou l’ordre public. L’UE s’est dotée d’un instrument similaire en 2019.

Troisièmement, en matière de sécurité, il est essentiel de penser une coopération européenne au bénéfice du Groenland et en accord avec le Danemark, une coopération qui peut dans un premier temps prendre la forme d’un dialogue stratégique régulier sur la sécurité et la résilience dans l’Arctique entre l’UE, le Groenland et le Danemark – et ce, sans attendre les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis.

Ce dialogue stratégique aurait pu commencer dès le début de l’année 2025. Mais les menaces de Washington n’ont pas été prises au sérieux, et un retard considérable a été pris. Il n’est pas sûr que la proposition des pays européens d’une réponse dans le cadre de l’Otan soit suffisante pour convaincre les États-Unis de renoncer à la force pour annexer le Groenland. Il est donc urgent de comprendre que l’UE doit avoir le courage de repenser sa relation avec les États-Unis, et de se penser et de s’affirmer sans détour comme puissance.

The Conversation

Cécile Pelaudeix ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Groenland, le Danemark et l’UE au défi de l’ordre trumpien : la doctrine Monroe en marche – https://theconversation.com/le-groenland-le-danemark-et-lue-au-defi-de-lordre-trumpien-la-doctrine-monroe-en-marche-272666